"Alléluia" de Fabrice Du Welz; trop d'hémoglobine tue l'hémoglobine

Fabrice du Welz
Fabrice du Welz - © Marianne Grimont

Si vous avez aimé "Calvaire", son délire, son second degré et ses personnages déjantés, "Alléluia" risque de vite vous lasser. Trop d'hémoglobine et un manque de lisibilité. En revanche les acteurs sont grandioses.

Rencontre avec Fabrice Du Welz

 

Laurent Luca et son regard malsain donne tout de suite le ton du film. Vous le choisissez pour cela ?

Pour cela aussi, oui, mais je trouve avant tout que c'est un acteur prodigieux, et qu'il a un physique ambigu, très opaque, très étrange, c'est mon acteur préféré, et il me fascine. Dans cette trilogie que je mets en place avec Calvaire, Alléluia et probablement un troisième volet, autour des Ardennes, de l'amour fou, et de Laurent, voilà les différentes facettes de l'acteur et du personnage dans tous ses rôles étranges, de petites perversions, de petites pathologies, de soif d'humanité, qui m'intéressent et me questionnent. Le terrain est expérimental pour moi, et j'aime investir avec les acteurs et chercher. Ca reste très ludique, et c'est beaucoup de bonheur.

 

Vous pouvez tout lui demander ?

Il a une technique, il est capable de tout faire, il a un phrasé incroyable, et on peut lui faire dire des énormités. C'est un acteur francophone et vous me croirez si vous voulez, mais c'est rare, il ne commente jamais ses personnages. Il n'a aucun jugement sur ses personnages. Il les embrasse complètement. C'est une particularité anglo-saxonne; il fait corps, il n'a pas de distance et parfois c'est très flippant. Mais il est posé et très stable. C'est quelqu'un qui travaille, qui aime comme moi investir des terres troubles.

Christine Pinchart