AAAAAAAAAAHHHHHHHHHH !!!!!!!!!!

Si les amateurs de peinture peuvent gloser pendant des heures sur la toile "Le cri" de Munch (qui inspira d'ailleurs le masque du tueur de la saga "Scream"), les cinéphiles, eux, s'extasient depuis de nombreuses années devant un autre cri, bien sonore celui-là : le cri de Wilhelm..

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Une version du Cri de Munch, exposée au MOMA à New-York © Spencer Platt/Getty Images/AFP

Ça ne vous dit rien ? Nul besoin de pousser des cris d'effroi, je vous raconte tout ça dans le détail...

UN CRI CAÏMAN DECHIRANT

Nous sommes en 1951. La Warner sort un western de Raoul Walsh avec Gary Cooper. Son titre ? « Les aventures du Capitaine Wyatt ». Dans une scène du film, des soldats traversent des marécages, quand l'un d'entre eux se fait dévorer par un crocodile. Et le malheureux pousse un cri. Un cri horrible... Strident... Puissant... Euh... Oui, bon, il pousse un cri un peu naze.

Et comme les images parlent mieux que les mots, voici cette fameuse scène. Ecoutez bien le cri poussé par le soldat au moment où le crocodile l'accoste.

Bon, nous ne nous éterniserons pas ici sur le jeu transcendant de l'acteur, ni sur sa chute dans l'eau digne d'une cascade de Jean-Paul Belmondo. Intéressons-nous plutôt à ce fameux cri déchirant, qui ferait passer une vocalise de Céline Dion pour du Etienne Daho sous antibiotiques.

Comme c'est souvent le cas dans la fabrication d'un film, ce cri fut enregistré après le tournage, en studio, par un autre comédien. Puis il fut archivé dans la bibliothèque sonore de la Warner, pour pouvoir être éventuellement réutilisé dans d'autres films.

Et c'est précisément ce qui se passe deux ans plus tard, lorsque ce cri resurgit dans un autre western, "La charge sur la rivière rouge". Et on peut carrément l'entendre à trois moments différents dans le film, poussé par trois acteurs différents !

Tenez, regardez et surtout écoutez ces trois extraits du film : c'est bel et bien le même cri que dans "Les aventures du Capitaine Wyatt".

Et dans "La charge sur la rivière rouge", le personnage que l'on voit dans le premier extrait, celui qui reçoit une flèche dans la jambe, s'appelle le soldat Wilhelm. Wilhelm. Un nom qui va avoir son importance pour la suite de notre histoire..

JUDY GARLAND ET LES FOURMIS GEANTES

Jusqu'aux années 70, ce cri est encore utilisé dans des productions diverses. Rien que pour l'année 1954, on peut l'entendre à trois reprises dans le film de science-fiction « Des monstres attaquent la ville », qui met en scène une attaque de fourmis géantes suite à des radiations nucléaires (je vous le conseille, d'ailleurs), ainsi que dans « Une étoile est née », un classique du film musical avec Judy Garland, où il est utilisé cette fois à deux moments. 

STAAAAAHHHHHR WAAAAAHHHHHRS

La carrière de ce cri strident aurait pu s'arrêter là,et rejoindre le cimetière des sons trop tôt disparus. Mais c'était sans compter sur Ben Burtt. En 1977, cet ingénieur du son est engagé pour créer les effets sonores de "La guerre des étoiles" de Georges Lucas. Et en faisant des recherches, il tombe sur une bande dont l'intitulé sur l'étiquette l'intrigue : "Homme se faisant dévorer par un alligator". Et devinez ce qu'il y a sur la bande ? Ben oui, le fameux cri dont je vous parle depuis le début, je vois que vous suivez toujours, ça fait plaisir.

Ben Burtt décide alors de faire de ce son sa marque de fabrique, sa signature. Il le rebaptise aussi sec "Le cri de Wilhelm", en hommage au personnage du soldat de "La charge sur la rivière rouge".

Et il s'évertue dès lors à le caser dans tous les films sur lesquels il collabore : la saga "Star Wars", donc, mais aussi celle d'Indiana Jones ou encore le film Willow, de Ron Howard. Et il n'est pas le seul. Un de ses confrères et ami, Richard Anderson, également ingénieur du son, fait de même avec des films comme "Poltergeist" ou le remake de "La planète des singes".

La mode est lancée, et va même prendre une ampleur inimaginable. A ce jour, on retrouve le cri de Wilhelm dans plus de 200 films, dessins animés, séries télés et autres jeux vidéos. Excusez du peu.

On peut aussi l'entendre dans "Die Hard", "Spider-Man", "Pirate des Caraïbes", "Taxi 3", "Madagascar", la série "Bref", "Les Simpson", "Docteur House", ou encore "Grand Auto Theft V".

Certains réalisateurs se sont également pris au jeu et prennent un malin plaisir à placer le cri dès que possible. Tarantino l'a ainsi utilisé dans "Reservoir Dogs", "Kill Bill", "Boulevard de la mort" ou encore "Inglorious Basterds".

Peter Jackson a fait de même sur sa trilogie du "Seigneur des anneaux", ainsi que dans "King Kong" et "Le hobbit".

Mais le plus bel hommage et la meilleure utilisation du cri de Wilhelm se trouve selon moi dans "Indiana Jones et le Temple Maudit", puisqu'on peut notamment l'entendre quand le méchant du film se fait bouffer... par des crocodiles. Eh oui, comme dans "Les aventures du Capitaine Wyatt". La boucle est bouclée.

A l'inverse, grosse déception à la vision de "Cris et chuchotements" de Ingmar Bergman, qui malgré son titre prometteur n'utilise pas le tiers du quart du cri de Wilhelm. Ingmar, on t'a pourtant déjà connu plus jouette.

THE BEST OF WILHELM

Allez, je ne vais pas vous quitter sans un petit best of de ce fameux cri de Wilhelm qui fait fureur depuis plus d'un demi-siècle. Car si vous tapez "Wilhelm scream" sur Youtube, vous pouvez trouver quelques compilations de films qui le reprennent. Voici donc l'une d'entre elles, qui couvre la période 1977 à 2007. Vous verrez : l'ami Wilhelm n'a pas pris une ride. Montez le son, c'est franchement amusant...

Une chose est sure : le cri de Wilhelm a encore de beaux jours devant lui. Alors, la prochaine fois que vous allez au cinéma, tendez l'oreille, et vous rejoindrez peut-être le club des aficionados du clin d’œil cinéphile le plus criant de l'histoire du 7ème art.

 

Christophe Bourdon