"A voix haute", documentaire revigorant sur une jeunesse de banlieue "ordinaire"

Après un carton sur le petit écran, "A voix haute", qui suit une poignée d'étudiants de Saint-Denis rêvant d'être sacrés "meilleur orateur du 93", arrive au cinéma. Une "seconde vie" pour ce documentaire revigorant et émouvant, qui jette un regard subtil sur la jeunesse des banlieues.

Il y a Eddy, qui rêve de devenir comédien et parcourt chaque jour 20 km à pied à travers une forêt de l'Aisne pour atteindre l'université. Elhadj, ancien sans-abri, étudiant en maîtrise de sociologie. Ou Leïla, passionnée de littérature et militante féministe, qui revendique le port du voile.

Pour cette jeunesse métissée, la parole est une "arme" dont il faut s'emparer afin d'exister dans la société française. 

"Si j'attends qu'on me la donne, ça n'arrivera pas", dit la timide Leïla. "Si j'avais eu les bons mots au bon moment, le cours de ma vie aurait changé", regrette Elhadj, dont la famille s'est retrouvée à la rue après l'incendie de son HLM.

Pendant des mois, la caméra de Stéphane de Freitas (fondateur du concours "Eloquentia")-, les observe se former à l'art de la rhétorique comme on s'entraîne à un sport de combat, sous la houlette d'un slameur ou d'un avocat qui ont l'envergure de personnages de cinéma. Elle s'invite aussi dans leur famille, avec des séquences drolatiques et bouleversantes.

"Ce sont des jeunes ordinaires, ultra-déterminés certes, mais ordinaires", insiste le réalisateur.

"Buzz" sur les réseaux sociaux

Né lui-même dans une commune populaire de Seine-Saint-Denis, Stéphane de Freitas explique à l'AFP "s'être senti marginalisé à cause de carences de langage" quand, devenu basketteur professionnel, il s'est retrouvé de l'autre côté du périphérique, dans un environnement social qui lui était totalement étranger.

Devenu militant associatif, il a décidé en 2012 de monter un concours d'éloquence après avoir fréquenté un cours de rhétorique qui a changé sa vie. 

"Eloquentia" a, depuis, essaimé à Nanterre, Grenoble ou Limoges. Plus de 1.200 personnes sont venues assister aux joutes oratoires des finalistes de l'édition 2017 à l'université de Saint-Denis, lundi dernier.

L'idée de filmer ces jeunes lui est venue immédiatement. "Il y a plus de 80.000 étudiants en Seine-Saint-Denis, il fallait prendre le contrepied de tout un tas de préjugés, montrer l'intelligence, la créativité, la complexité de cette jeunesse", dit Stéphane de Freitas, qui se défend d'avoir réalisé "un film gentil sur la banlieue".

La diffusion du documentaire sur France 2 en novembre, en deuxième partie de soirée, a fait sensation: 645.000 spectateurs, "replay" inclus, sans compter les dizaines de milliers de visionnages sur YouTube. 

Le "buzz" sur les réseaux sociaux et les critiques dithyrambiques ont achevé de convaincre Mars Films de signer pour une version cinématographique, rallongée de 20 minutes. Un destin fabuleux pour ce film réalisé sans budget. Un "rêve", pour  son réalisateur.

Comment expliquer que les gens aient été touchés au cœur par ces jeunes? "L'éloquence, c'est se mettre à nu, être sincère", avance-t-il. "Au fil des semaines, on a le sentiment, malgré les divergences d'opinion, d'une famille qui se crée. Et on se prend à les aimer très fort."