“À l'abordage”, un film de vacances envoûtant

Le léger long-métrage de Guillaume Brac se dévoile sur Arte alors que l'été se profile à l'horizon. Un moment sans doute idéal pour sortir ce film qui redonne aux vacances toute leur insouciance.

 

Qu'il est agréable ce film émouvant, lumineux et surtout naturel. Tranche d'été d'une rare authenticité, "À l'abordage" saisit les amours et les amitiés de vacances dans toute leur légèreté (surtout), leur gravité (parfois) et leur beauté (tout le temps). On y suit trois "galériens" dont la vie sentimentale n'est pas un naufrage complet, mais prend souvent l'eau. Loin des escapades dont un grand nombre de comédies graveleuses ont fait leur foin, les aventures du trio jouent plutôt la carte de la tendresse. Elles démarrent parce que l'un d'eux (Félix, incarné par Éric Nantchouang) veut surprendre celle qui a saisi son cœur le temps d'une nuit, en arrivant sans prévenir en Drôme où elle passe ses vacances.

Accompagné dans cette escapade estivale par Chérif (Salif Cissé), son ami de toujours issu comme lui aussi d'un quartier populaire, puis par Édouard (Édouard Supplice), le conducteur de leur co-voiturage, un fils à maman nerveux et gauche, le voilà dans une terre inconnue faite de de rivières à l'eau cristalline, de soirées karaoké alcoolisées et de campings où résonnent les ronflements. Il a le sourire aux lèvres et nous aussi. Difficile de ne pas être séduit par ce microcosme de vacances. Est-ce le regard tendre que porte le réalisateur Guillaume Brac sur les activités de l'été ? Les images baignées de soleil du chef-opérateur Alan Guichaoua ? Toujours est-il que ce film à la fraîcheur envoûtante donne une furieuse envie de départ.

Envisagé comme un lieu d'évasion et de refuge, le petit coin du sud de la France où "À l'abordage" a été tourné est aussi un espace de rencontres, où les strates sociales se croisent, se mélangent et, parfois, se disputent. Sentiments (non) partagées, débordements d'amour, querelles jalouses, rencontres magiques rythment les vacances des trois compères que Brac filme avec affection. Dans leurs dérives comme dans leur camaraderie, ce groupe de garçons-adultes est terriblement attachant. On se surprend régulièrement à sourire devant leurs interactions dont la désinvolture n'a rien d'artificiel. Il ne se passe pas énormément de choses au cours du récit, mais les voir vivre leurs vacances suffit à rendre le film envoûtant.

On peut bien sûr saluer le réalisateur, qui n'en est pas à son coup d'essai dans le film de vacances (le moyen-métrage "Un monde sans femmes" et le documentaire "L'île au trésor") pour cette prouesse. Mais "À l'abordage" ne serait rien sans ses actrices et ses acteurs, qui sont tous d'un naturel confondant. Issus pour la plupart d'une promotion du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, ils sont comme des poissons dans l'eau dans l'univers estival du réalisateur. Une seule envie le long-métrage terminé : repartir, en leur compagnie, "À l'abordage".

 

Le film est à découvrir gratuitement sur la plateforme d'Arte jusqu'au 26 juin 2021.