À découvrir au festival Millenium : le documentaire “Radiograph of a Family”

En nous plongeant dans la relation conflictuelle entre ses parents, la réalisatrice Firouzeh Khosrovani évoque par la même occasion les changements qui ont animé la société iranienne dans les années 70.

L'histoire intime de gens "ordinaires" est souvent inextricable de l’Histoire avec un grand H. C'est particulièrement vrai des parents de la réalisatrice iranienne Firouzeh Khosrovani : couple étrangement assorti, ils ont porté en eux les mêmes tensions qui ont traversé leur pays à l'aube de la révolution de 1979. Alors que l'Iran était tiraillé entre un progressisme naissant et une vague religieuse de plus en plus importante, eux aussi vivaient le conflit dans leur foyer. Lui, chirurgien ayant vécu longtemps en Suisse, porteur de valeurs séculières, tandis qu'elle, éduquée dans un milieu religieux très conservateur, trouvait l'épanouissement dans ses croyances.

Ce contraste est le cœur même du documentaire "Radiograph of a Family", qui retrace l'évolution du couple — une évolution qui se révèle riche en fluctuations. Dans un premier temps, la dynamique du couple semble être en défaveur de la mère, qui ne trouve pas sa place en Suisse, où le couple s'est installé. Poussée par son mari plus âgé à adopter des mœurs dans lesquelles elle ne se retrouve pas, elle l'accompagne à contrecœur dans une vie "à l'européenne". Mais leurs rapports de force changent progressivement à leur retour en Iran : engagée dans la révolution, la mère se retrouve de plus en plus soutenue par une société qui partage ses valeurs, à l'inverse de son mari. Des images de leur appartement, champ de bataille de leurs croyances individuelles, reflètent la rupture qui se crée au sein de leur couple et de leur pays.

Pour donner vie à cette histoire intime, la réalisatrice a fait appel à des images d'archives et à de multiples photos familiales, qu'elle a accompagnées de morceaux de conversations entre ses parents, auxquels des acteurs prêtent leur voix. Le procédé se veut immersif, mais ne joue pas en faveur du film : il n'échappera probablement à aucun spectateur que ces dialogues ont été écrits par la réalisatrice elle-même, et la technique rend le documentaire plus artificiel qu'il n'aurait pu l'être. Cela n'empêche cependant pas “Radiograph of a Family” d'être passionnant : reliant habilement la petite histoire avec la grande, la cinéaste est parvenue avec ce film à mettre le doigt sur quelques-unes des contradictions qui ont habité et habitent toujours la société iranienne.

 

Le film, qui est programmé dans la compétition internationale du festival Millenium, est à découvrir en ligne jusqu'au 30 mai.