A Cannes, l'émouvant adieu au cinéma du cinéaste iranien Abbas Kiarostami

Abbas Kiarostami, Palme d'or du festival de Cannes en 1997 pour "Le goût de la cerise", est décédé le 4 juin à Paris à l'âge de 76 ans, d'un accident vasculaire cérébral selon des médias iraniens.
Abbas Kiarostami, Palme d'or du festival de Cannes en 1997 pour "Le goût de la cerise", est décédé le 4 juin à Paris à l'âge de 76 ans, d'un accident vasculaire cérébral selon des médias iraniens. - © AFP PHOTO / VALERY HACHE

Projeté mardi à Cannes, le délicat et poétique 24 Frames, oeuvre posthume d'Abbas Kiarostami décédé l'an passé à l'âge de 76 ans, est un adieu émouvant du cinéaste iranien au 7e art.

Thierry Frémaux, délégué général du Festival, a rendu hommage au Lauréat de la Palme d'or 1997 pour Le goût de la cerise (ex aequo avec L'anguille du Japonais Shoei Imamura), juste avant la projection en séance spéciale.  

"Vous allez assister à un film à sketches, dans lequel Abbas s'est amusé à brouiller les pistes, à réfléchir à ce qu'est un film, une image animée, une photographie. En partant, il a encore ouvert des portes, des pistes. C'est ça un grand cinéaste", a-t-il déclaré.

Comme son titre le suggère, 24 Frames propose d'observer 24 vignettes encadrées. Toutes sont des photos qui ont été prises par Kiarostami, sauf la première, un dessin qui prend vie par un effet d'animation.

Ce procédé se répète pour les photographies, grâce à des effets numériques discrets qui donnent un aspect bricolé assez séduisant de l'ensemble.

En leur redonnant vie, l'artiste iranien imagine les histoires qui se cachent derrière ces images.

"Je me demande toujours dans quelle mesure les artistes cherchent à représenter la réalité d'une scène. Les peintres et les photographes ne capturent qu'une seule image et rien de ce qui survient avant ou après. Pour 24 Frames,  j'ai décidé d'utiliser les photos que j'ai prises ces dernières années, j'y ai ajouté ce que j'ai imaginé avoir eu lieu avant ou après chacun des moments capturés", expliquait Kiarostami dans une note d'intention.

Ces scènes minimalistes sont quasiment toutes naturalistes, avec différents animaux pour protagonistes. Beaucoup d'entre-elles montrent des oiseaux dans des paysages enneigés.

Kiarostami filme aussi une vache, qui finit par se réveiller de sa sieste sur une plage juste avant que la marée montante ne l'emporte. Il montre également une biche qu'un tir de chasseur finit par atteindre ou encore cet oiseau, posé sur des buches, qui daigne enfin s'envoler quand les deux arbres derrière lui sont tronçonnés.

Ces deux derniers "cadres" font intervenir hors champ l'homme, dans ce qu'il a de destructeur et rappelle à quel point Abbas Kiarostami était un artiste sensible à la fragile beauté du monde.

L'ultime vignette est dédiée au cinéma. Au premier plan, une personne est endormie sur son bureau. Devant lui, sur l'écran d'ordinateur, l'image très lentement animée d'un film hollywoodien montre un homme et une femme qui finissent par s'embrasser. 

Les mots "The End" apparaissent, avec une chanson en écho "Love Never Dies" (l'amour ne meurt jamais). Ultime message du cinéaste iranien.