"9 mois ferme", pépite de comédie de Dupontel et "rôle en or" pour Kiberlain

"9 mois ferme"
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Une juge d'instruction coincée, Sandrine Kiberlain, est enceinte, apparemment d'un abominable psychopathe qu'elle n'a aucun souvenir d'avoir rencontré : "9 mois ferme" d'Albert Dupontel, comédie de moeurs loufoque et d'une précision étourdissante, pourrait être un grand succès.

En 1h22, samedi au Festival du film francophone d'Angoulême, les aventures judiciaires et sentimentales d'Ariane Felder, la juge trop sérieuse, s'autorisant à peine quelques verres entre collègues le soir du réveillon, et de Bob (Albert Dupontel), le cambrioleur apparemment assez fou pour découper vivant son cambriolé et lui manger les yeux, ont mis la salle en joie.

Un des secrets sans doute de cette efficacité : Albert Dupontel a retaillé le montage jusqu'au bout, présentant d'autres versions à des salles de spectateurs, et reprenant l'ouvrage jusqu'à ce que les rires sonnent tous bien et juste. Un autre est le conseil pris auprès de vrais professionnelles de la justice, les juges Michèle Bernard-Requin (qui joue dans le film) ou Sylvie Zimmermann.

"C'est le documentaire +10e chambre+ de Raymond Depardon (sur le jugement de petits délits au tribunal de Paris, ndlr) qui m'a donné le pitch de départ", cette rencontre improbable, "mais une chose est de le formuler, une autre de rendre ça comestible pour le grand public", explique le réalisateur.

D'autant qu'il ne parvient pas à trouver son actrice. Il songe à la Britannique Emma Thompson, puis cherche en France, parmi "une pléiade d'actrices super", "la petite brune agressive" qu'il imagine. En vain. En mai 2012, il est prêt à lâcher le projet, quand Sandrine Kiberlain se montre intéressée.

Dujardin en traducteur pour les sourds

"Je ne pensais pas qu'une grande blonde tendre pouvait faire la blague, préjugé de metteur en scène crétin", sourit celui qui "n'arrive pas à imaginer quelqu'un d'autre dans le rôle aujourd'hui".

"C'est un rôle en or", remarque pour sa part Sandrine Kiberlain, qui dit "aimer ces films où le personnage n'est pas le même à la fin qu'au début".

Depuis quelques années, mettant parfois de côté "son ego d'actrice" pour accepter des rôles petits, mais remarquables - comme dans "Polisse" de Maïwenn - elle est devenue l'une des rares demandées indifféremment pour le drame ou la comédie.

Elle évoque "un des tournages les plus concentrés et précis" de sa carrière, avec des "personnages super-écrits". Des gestes comme ceux de la nuit d'ivresse ont pu être improvisés. Mais pas les dialogues, "très pointus".

Pour Albert Dupontel, "on s'identifie plus facilement à cette femme" qu'à d'autres de ses héros, on passe "du conte à la comédie de moeurs". Dans la même veine, sa prochaine héroïne sera une malade profitant à fond du temps de vie qui lui reste.

Le film, produit par Catherine Bozorgan, n'est pas à gros budget, d'autant que Dupontel ne se fait pas payer comme acteur.

Mais il bénéficie aussi de la participation gracieuse d'amis doués. Yolande Moreau en mère indigne du héros, ou, dans le rôle d'un autre psychopathe, l'ancien Monthy Python Terry Gilliam, déjà apparu dans "Enfermés dehors" en 2006. Voir en 1975 son chef d'oeuvre "Brazil" a "remis en question" toute la vie du jeune Dupontel, alors étudiant en médecine, et les deux hommes se connaissent bien.

L'apparition-surprise est celle, en hilarant traducteur pour sourds, de Jean Dujardin, ex-partenaire de Dupontel dans "Le Bruit des glaçons" de Bertrand Blier, et depuis oscarisé pour "The Artist".

Albert Dupontel qui "pense tôt ou tard travailler uniquement derrière la caméra", "adorerait le faire tourner" dans un rôle principal. "Mais ça me mettrait une obligation de résultat que je n'ai pas envie d'avoir pour l'instant. Tant qu'on reste dans des carrures plus modestes, je suis plus décontracté pour la sortie", confie-t-il.

Au vu des promesses de "9 mois ferme" (sortie le 16 octobre en Belgique), on se dit qu'il aurait pu commencer par ce film, et sans trop de risque, sa carrière de pur réalisateur.

 

AFP Relax News