5 raisons d'aller voir Brabançonne

Alors, un wallon chez les flamands, ça donne quoi ? Eh bien ça donne le film " Brabançonne ", qui sort ce mercredi. Et c'est franchement pas mal. Voici 5 bonnes raisons d'aller le voir.

1) Het is een film populaire

 

Je ne vais pas vous mentir : " Brabançonne " n'est pas le meilleur film de l'année.

La plupart des scènes sont surlignées (le héros compose un morceau de musique émouvant, et un personnage s'exclame " Mais quel morceau émouvant ! "), des intrigues ne débouchent sur rien (la fille raide dingue d'un garçon qui finit par tomber amoureuse d'un autre garçon sans la moindre explication), il y a tellement de clichés qu'on se croirait dans un photomaton, et on voit presque tout venir à dix mètres.

Mais " Brabançonne " a une grande qualité : c'est un vrai film populaire. Comme pouvait l'être " Bienvenue chez les ch'tis ", avec qui il partage d'ailleurs plus d'un point commun. Car l'histoire d'un trompettiste wallon qui se rend dans le nord du pays et se retrouve confronté au choc des cultures, ça fait forcément penser au film de Dany Boon.

Mais malgré tous ses petits défauts, on finit par se prendre au jeu, et se laisser embarquer par l'histoire. Comme me le disait un spectateur en sortant de la salle : " D'habitude, quand je vais voir un film, je m'endors. Ici, j'ai adoré car les personnages sont simples et solidaires ".

C'est cette simplicité qui fait la force du film.

 

2) Het is een comédie musicale met velen chansons belges

 

" Brabançonne " est une comédie musicale, qui mélange des reprises de chansons belges dans les deux langues. Alors, certes, au début, il faut s'y habituer. Les chansons flamandes sont très... euh... flamandes. Et quand on voit dix personnes en rue danser et chanter un air connu du nord du pays, on a peu l'impression d'être dans une pub pour de la margarine. Mais entendre le héros accompagner à la trompette le " Tombe à la neige " d'Adamo ou voir une Flamande reprendre une chanson de Jeff Bodard, ça finit par vous filer des frissons dans le dos. Et je ne vous cache pas que j'ai fredonné " Amoureux Solitaires " de Lio en même temps que les personnages, et que j'y suis allé de ma petite larme quand Flamands et Wallons reprennent en chœur " Ensemble " de Pierre Rapsat, donnant tout son sens au morceau.

 

3) Het is een film met comédiens qui spelen goed

 

C'est sans doute l'idée la plus folle du film. Un postulat de départ plus fort qu'un clonage de dinosaures dans Jurassic Park ou qu'une invasion d'extra-terrestres dans Independance Day. Dans " Brabançonne ", chaque personnage parle dans sa langue maternelle. Mais là où c'est complètement dingue, c'est que, quand les Flamands parlent néerlandais, les Wallons... comprennent tout ! Quasi de la science-fiction.

Cela dit, certains se demanderont peut-être pourquoi le réalisateur de " Brabançonne " a choisi pour le rôle du trompettiste wallon Arthur Dupont, un comédien... français. Mais en même temps, irait-on dire que seul un homme en chaise roulante pouvait jouer le rôle de François Cluzet dans Intouchables ? Qu'il aurait fallu engager un véritable autiste à la place de Dustin Hoffman dans Rain Man ? Que seul Gérard Depardieu est capable d'incarner un alcoolique ? Quand un acteur est bon, il est bon. Et Arthur Dupont l'est franchement. Il était d'ailleurs tout aussi épatant dans " Mobile Home ", un autre film belge. Et les comédiens qui l'entourent sont tous au diapason. Ce qui est plutôt bienvenu pour un film musical. Mention spéciale à Tom Audenaert, déjà formidable dans " Hasta la vista ". Il joue ici un musicien complètement dépassé par la situation. Et il est franchement poilant.

 

4) Het is een film met décors qui sont typisch van ons land

 

C'est bête à dire, mais quand on aime son petit pays, voir l'Atomium ou le Théâtre de Namur sur un grand écran, eh ben ça fait plaisir. Et " Brabançonne " recèle une scène franchement hilarante, où les deux fanfares ont rendez-vous dans les mêmes locaux : la RTBF et la VRT. Les deux chaînes sont en effet dans le même bâtiment, séparées par un couloir central. Et voir les deux fanfares ennemies se retenir de se taper dessus dans ce couloir, puis montrer en parallèle la fanfare flamande reçue dans une émission de la VRT, et la fanfare wallonne dans une émission de la RTBF, avec des moyens techniques assez différents, c'est désopilant. On est une fois de plus dans les clichés, mais qu'est-ce que c'est agréable d'en rire.

 

5) Het is een chouette film kifédubien

 

Aux Etats-Unis, on appelle ça un " feel good movie ". On pourrait traduire ça par " un film kifédubien ". Car on ressort de " Brabançonne " avec un grand sourire.

Et puis, on ne va pas se plaindre de voir un film flamand qui montre que les tensions entre deux peuples peuvent malgré tout déboucher sur de l'amitié. Si " Brabançonne " n'a pas la prétention d'être un film engagé, il véhicule quand même un message, certes naïf mais pas inutile à rappeler en ce moment. Celui que l'on peut dépasser nos idées reçues, et que derrière nos différences, nous sommes tous les mêmes.

Alors que certains, censés nous représenter, nous montrent des poings fermés, être face à un film qui nous tend une main ouverte, cela fait vraiment du bien.

 

Bref, " Brabançonne " est à l'image de notre pays : un peu foutraque, mais toujours sincère, joyeux, débordant de vie et profondément attachant.

 

Christophe Bourdon