37°2 le matin et 35 ans de passion

Sorti en salles pour la première fois le 9 avril 1986, "37°2 le matin" le film du réalisateur français Jean-Jacques Beineix avait révélé Béatrice Dalle mais aussi un tout jeune compositeur, Gabriel Yared. Devenu culte, ce film racontant une relation amoureuse destructrice passionne plus que jamais avec ce tourisme cinématographique sur les lieux du tournage.

Betty et Zorg font l’amour, tendrement, passionnément. Ils s’aiment tout simplement. Voilà comment débute cette histoire, par une scène de sexe, une scène torride et intime. Le ton est donné… et la température aussi. "37°2 le matin" est le troisième film de Jean-Jacques Beineix (après "Diva" et "La lune dans le caniveau"). Inspirée du roman éponyme de Philippe Djian, cette histoire revient sur cet amour tout aussi vivant que mortel, brûlant et destructeur entre Zorg, l’homme à tout faire d’un lotissement de bungalows sur pilotis, et Betty, une jeune femme libre. Betty découvre quelques carnets noircis de notes appartenant à Zorg. Après les avoir lus, elle voit en son homme un auteur de génie. Elle le pousse à travailler et à se faire publier. Mais rien ne va comme elle l’entend. Et sa folie va prendre de plus en plus de place dans ce qu’elle juge être une petite vie étriquée…

Magnifique ode à la liberté (celle d’aimer surtout), "37°2 le matin" a surtout fait connaître au grand public une toute jeune actrice, Béatrice Dalle. Alors qu’on lui avait proposé Isabelle Adjani, Beineix refuse et désire une jeune inconnue pour que son histoire soit plus réelle, plus vraie, que les spectateurs s’identifient à elle. Quand il découvre Béatrice Dalle (venue de la rue), il sait qu’il tient son héroïne. Avec le rôle de Betty, à 21 ans, Béatrice devient le nouveau sex-symbol français, la Bardot des années 80, et la représentante de cette génération un peu paumée, un peu larguée que les anciens veulent canaliser mais qui semble indomptable. Parce que c’est aussi ça que nous raconte ce film, le désarroi d’une jeunesse qu’on ne comprend pas, ses envies de réussir, de grandiose et de toujours plus, quitte à devenir fou. Comme Betty !

D’autres "petits jeunes" accompagnent Béatrice Dalle dans cette aventure. Il y a bien sur Jean-Hugues Anglade dont c’est le 4e film (il sortait de "Subway" de Luc Besson) et Gérard Darmon (la scène de leur fou rire est curative). L’autre talent découvert au générique du film de Beineix reste le compositeur Gabriel Yared qui signe ici son premier grand succès et une bande-son à réécouter aujourd’hui avec bonheur.

À sa sortie, le film est un succès. Il séduit pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’il est beau ce couple. Beau et tellement contraire. Zorg est réservé et timide. Betty est exubérante et expressive. Il est résigné, elle est révoltée. Il dit oui à tout, elle refuse tout. Ensuite, il y a la réalisation de Beineix et les couleurs de ce film. Alors que la lumière dans "Diva" et "La lune dans le caniveau" était froide et criarde, ici, il y a de la douceur. Les couleurs sont chaleureuses et franches. Et puis, il y a encore le décor, ces fameux bungalows qui existent réellement et qu’on retrouve sur la plage de Gruissan dans l’Aude. Depuis la sortie du film, les fans s’y rendent comme en pèlerinage. À l’office du Tourisme local, on indique volontiers le chemin pour se rendre au chalet de Betty et Zorg, même si techniquement celui-ci a été brûlé pour les besoins de l’histoire et de la production. Chose amusante, 35 ans après, les Châtelains de Gruissan (comme on les appelle) profitent bien de cette notoriété (en louant leur bungalow 1.200 euros la semaine en haute saison) et, en même temps, luttent pour que les lieux ne soient pas ravagés par un tourisme (cinématographique ou non) de masse. Ils veulent à tout prix que le coin garde son charme d’antan. Et rien n’est simple car de nombreux chalets ont été consolidés avec du béton. Au pilori les pilotis ! Pourtant en 1994, un arrêté municipal a interdit de rénover les rez-de-chaussée en dur. Mais certains propriétaires n’en font qu’à leur tête. Il faut dire qu’un chalet à Gruissan peut se vendre jusqu’à 400.000 euros ! De quoi rendre Betty encore plus folle.

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Le film "37°2 le matin" a reçu le César de la Meilleure affiche en 1987 © Cargo Films

Donc "37°2 le matin" a connut pas mal de succès mais avec peu de récompenses. Avec ses 9 nominations aux César en 1987 dont celles du Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur et Meilleure actrice, l’équipe de Beineix est reparti de la cérémonie avec le César de la Meilleure affiche. Oui, à l’époque, ça existait. On y voit, sur un fond bleu magnifique, alors qu’il fait 37°2 degrés le matin, Betty est songeuse. Et là vous repensez à l’une des répliques de Zorg…

Betty, elle court après quelque chose qui existe pas. Elle est comme un animal blessé et elle retombe toujours un peu plus bas. Je crois que le monde est trop petit pour elle. Je crois que tous ses problèmes viennent de là…