23 septembre 1955 : l'heure de gloire d'un mineur de 10 ans

Charbonnage 4 d'Hornu
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Charbonnage 4 d'Hornu - © carte postale

Aujourd'hui, alors que le tournage de "La Vie Passionnée de Vincent Van Gogh" se poursuit au charbonnage du Grand Hornu, nous vous proposons un témoignage exclusif et original: celui du petit Jean-Pierre Bertiaux, dix ans.

Il faut se rappeler qu'à l'époque de Van Gogh, il était courant pour les enfants de travailler dans la mine, et cette réalité avait profondément affecté le peintre. Le souci du réalisme a donc poussé Vincente Minnelli à recruter de nombreux enfants pour tourner les scènes belges de son film. Jean-Pierre est l'un d'eux, qui a eu la chance de partager deux scènes directement avec Kirk Douglas, hier et aujourd'hui.

J'étais chez moi en train de faire mes devoirs quand ma mère me dit "Jean-Pierre, viens, on va au charbonnage, tous tes camarades sont là". Là-bas il y avait des cercles d'hommes, de femmes et d'enfants. Un type passait et distribuait des petites plaquettes en disant de ne pas les perdre et de revenir demain matin à huit heures. Et c'est ainsi que le lendemain, Jean-Pierre se retrouve acteur d'un jour. On est entrés dans les décors et on m'a fait descendre dans un trou. Là, on m'avait installé une petite lampe et un type me dit: "Quand la lampe s'allume, tu remontes et tu viens vers moi", comme si j'avais fini ma journée et que je devais rendre mon matériel. Ils m'ont fait répéter cette scène des dizaines de fois parce que, pour que ce soit plus vrai, il fallait que j'ai l'air fatigué! Au moment de tourner pour de bon, je passe devant Kirk Douglas et il demande "quel âge a ce garçon?" et on lui répond "dix ans", ce qui est aussi l'âge de Jean-Pierre dans la vraie vie.

Mais c'est ce lundi que le petit Bertiaux a réellement connu son heure de gloire! On a tourné une autre scène, on était avec des femmes sur le terril de Wasmes et on cassait la gaillette. Tout d'un coup on entend une sirène et on doit tous courir pour rejoindre le charbonnage où il y a eu un coup de grisou. Pour les besoins de cette scène, de nombreux figurants avaient été grimés de façon fort impressionnante comme s'ils venaient d'être gravement brûlés dans l'incident. Une ingénieuse illusion à base de graisse, de papier à cigarette et de poudre de charbon. Mais il en fallait plus pour effrayer notre témoin du jour!

Le régisseur me dit "viens ici avec ton camarade" et soudain Kirk Douglas arrive et il me dit de faire le mort! Il me prend dans ses bras pour me déposer sur une table et mettre un manteau sur moi. C'est un hasard extraordinaire qu'il m'ait choisi alors que j'avais déjà joué dans la mine avec lui! J'étais sur la table et un type me dit: "tu ne peux pas bouger, tu es mort!". On a dû refaire la scène plusieurs fois. Une fois il y avait trop de lumière, une fois j'ai toussé.

Finalement Jean-Pierre et le régisseur de plateau mettent au point une technique pour que le garçon sache quand retenir sa respiration. Il m'a expliqué: la caméra va venir tout prêt de toi. Moi je vais te tenir la cheville et quand je vais appuyer, tu dois arrêter de respirer". Qui a dit que les grosses productions américaines ne pouvaient pas recourir aux méthodes les plus simples et artisanales?!