"120 battements par minute" : opération rancoeur ouverte

“120 battements par minute” : opération rancoeur ouverte
“120 battements par minute” : opération rancoeur ouverte - © Céline Nieszawer

De toutes les discussions, sur toutes les lèvres depuis sa bouleversante apparition à Cannes, “120 battements par minute” est un formidable hommage au militantisme et sa nécessité face à l’inaction politique.

 

 

Le film nous propose une plongée au coeur de la France des années 90, tristement nommées “les années sida”. Le virus se propage alors à vitesse grand V et touche spécifiquement la communauté homosexuelle masculine, plus sujette au risque de transmission mais aussi les prostitués en général, les toxicomanes, les prisonniers et les personnes mal-informées. A ce moment, des collectifs comme Act Up-Paris militent pour la prévention, pour rendre la maladie visible et faire pression sur les politiques et autres laboratoires de recherches. Fondée en 1989 à Paris, l’association prend exemple sur sa grande soeur américaine et repose sur un modèle d’assemblées avec vote au consensus. C’est ce collectif que le réalisateur Robin Campillo a décidé de raconter, sa lutte quotidienne pour alerter les médias, ses missions commandos, son identité gay-séropo assumée et ouverte qui cherche la reconnaissance des minorités délaissées. C’est dans les yeux de Nathan que l’on découvre les réunions hebdomadaires du mardi soir, le nerf de la guerre d’Act Up. Le jeune homme fera connaissance avec Sean, adepte des actions coups de poing et rempli d’une haine de plus en plus intense au fur et à mesure que son état se dégrade. Il fera aussi la rencontre de Thibault, le président du collectif, raisonné et pointé du doigt par les plus radicaux pour son calme. D’inspiration réelle, tous ces personnages représentent la nécessité militante d’une époque où l’invisibilité des morts du sida succède à l’absence de traitement. Mais chacun d’eux incarnent une manière différente de militer, faut-il agir de façon violente pour donner une voix à ceux que l’on n’écoute pas ou continuer à exercer une pression continue tout en sachant qu’il n’y aura peut-être pas de réaction ? 

 

C’est bien de militantisme dont parle ce film poignant, “120 battements par minute” est à l’image du collectif Act Up, non excluant et ouvert. Il ne faut pas faire partie d’une communauté pour comprendre la détresse de ceux qui sont en train de crever deux fois : une fois à cause de la maladie et une autre fois à cause de l’Etat qui ferme les yeux. Le film est une attaque frontale à la politique du “Pays des Droits de l’Homme”, qui a été la nation la plus touchée par le sida en Europe. Malgré un gouvernement de gauche, il n’y a eu que trop peu de prévention, comme si il y avait une honte des minorités malades entachant l’image d’une France propre sur elle.  En 12 années, le sida tuera 30.000 personnes rien que dans l’Hexagone, avant que des avancées scientifiques puissent enfin contenir la maladie. 

“120 battements par minute” de Robin Campillo

Grand Prix du Festival de Cannes

Sorti en Belgique depuis le 23 août 2017