"Qu'est-ce que je fais là ?" : tourments de l'esprit

“Qu’est-ce que je fais là ?” : tourments de l’esprit
“Qu’est-ce que je fais là ?” : tourments de l’esprit - © YC Aligator

Réalisé en 2019, le nouveau documentaire Paule Muxel et Bertrand de Solliers nous dévoile avec bienveillance le quotidien d’un centre d’urgences psychiatriques.

Derrière une porte fermée, une femme se plaint. Elle ne se sait pas pourquoi elle est là et ses propos sont aussi inintelligibles qu’incohérents. De l’autre côté, une infirmière tente de la rassurer, et de lui expliquer les raisons de son internement. Nous sommes au cœur de l’unité de crise des urgences psychiatriques de l’hôpital Saint-Luc à Bruxelles, lieu dans lequel Paule Muxel et Bertrand de Solliers sont allés poser leur caméra.

De ce qui s’y passe, tout ne sera pas visible. La question de cadre, de ce qui est dans le champ ou ne l’est pas, est centrale dans “Qu’est-ce que je fais là ?”. Certains patients resteront cachés, avec pour seul indice quant à leur condition leurs plaintes et les réactions du personnel médical. D’autres accepteront de se laisser filmer, alors même que leurs pires tourments sont abordés. On se sent presque gêné d’observer ces moments de détresse, mais c’est aussi ce qui fait la puissance du film, qui lève le voile sur le quotidien difficile de cette institution, avec une bienveillance remarquable. On est loin de l’époque de "Titicut Follies ", le célèbre documentaire de Frederick Wiseman qui filmait avec fascination les mauvais traitements au sein d’un asile psychiatrique en 1967. L’approche de Paule Muxel et Bertrand de Solliers est motivée par l’empathie et par un désir de comprendre les personnes qui passent par cette unité de crise. Certains démontrent une lucidité remarquable quant à leurs pathologies, tandis que d’autres résistent à leur situation par des agressions verbales et physiques. D’autres encore tiennent des discours absurdes, dont on ne sait s’il faut rire ou pleurer.

Centre d’urgence, l’unité de crise est un endroit de passage où les personnes en détresse ne restent jamais très longtemps. Le travail du personnel médical, qui sert de fil rouge au film, consiste donc souvent à placer les patients sous médication. Mais pour les médecins, infirmières, infirmiers, thérapeutes et aides-soignants qui œuvrent au jour le jour, il s’agit aussi de créer un environnement qui pourra les aider, en mettant l’accent sur l’écoute, le dialogue, le compromis et la médiation – une vision pour le moins positive de la psychiatrie moderne, même si elle n’est pas parfaite. Comme le souligne le film, en psychiatrie on ne soigne pas, on accompagne.

En se saisissant de cette réalité avec un regard rigoureux et compréhensif, Paule Muxel et Bertrand de Solliers nous offrent un document puissant, qui met en lumière un pan peu visible de la médecine actuelle. Un film fort.

 

Suite au coronavirus, le film n'est sorti pas en salles le 18 mars comme il était initialement prévu. Il est à découvrir en VOD depuis le 1er avril.