"Overseas" : les héroïnes d'un système injuste

Dans son poignant et puissant documentaire, la réalisatrice Sung-A Yoon explore la vie de quelques femmes en quête d'un meilleur avenir.

"Ce sont des héroïnes de l'économie". C'est ainsi que le président philippin décrivait il y a quelques années les nombreuses femmes qui partent à l'étranger pour devenir aides ménagères/nounous, afin de gagner un meilleur salaire, et de subvenir ainsi aux besoins de leur famille. Il est vrai que ce travail exténuant et aliénant, loin de leurs proches, n'est pas destiné à tout le monde. Il suffit d'écouter celles qui en ont déjà fait les frais pour en avoir la preuve : leurs témoignages sont pour la plupart épouvantables, récits de harcèlements et d'abus au-dessus desquels planent la tentation du suicide.

Comment se prépare-t-on à un tel enfer ? Avec une petite équipe de tournage, la réalisatrice française Sung-A Yoon est allée chercher la réponse dans un des nombreux centres de formation qui ont poussé aux Philippines. Dans ce lieu de transition, où elles passent leurs journées comme leurs nuits, les femmes d'"Overseas" apprennent leur futur métier  : comment mettre parfaitement la table, comme donner un bain à un nourrisson, mais aussi, et surtout, comment supporter les abus verbaux de son employeur, et comment réagir si le patron de la maison tente de vous violer. Des situations que les formatrices décrivent comme typiques du travail à l'étranger, et qui font froid dans le dos. "Ne laissez jamais votre employeur vous voir pleurer" enjoint l'une d'elles à sa classe. S'endurcir est un des enseignements principaux de ce camp d'entraînement pour l'enfer.

C'est par le jeu de rôle que la plupart des leçons sont inculquées. Dans des décors sur lesquels les noms anglais des objets ont été collés, elles incarnent tantôt le rôle de la nounou épuisée, tantôt celui de la patronne abusive. L'effet de ces mises en scène est évidemment troublant, d'autant plus que la réalisatrice les filme avec une grande rigueur formelle. Le long-métrage est jalonné de plans-tableaux au cadrage et à l'éclairage soignés, qui donnent parfois l'impression de regarder une fiction plutôt qu'un documentaire. Il ne fait pourtant aucun doute que ces femmes imitent avec acuité les situations qui les attendent.

Empathique et bienveillante, Sung-A Yoon les filme également dans des moments plus intimes, où elles discutent de leurs expériences. Celles-ci se ressemblent souvent  : déracinements, séparations et humiliations semblent être leur lot à toutes. Liées par leur vécu, elles échangent volontiers leurs traumatismes, mais aussi leurs désirs. Chacune d'entre elles rêve d'une meilleure vie : l'une veut ouvrir son restaurant, l'autre devenir architecte. Des fantasmes peut-être, mais qui les aident à avancer.



Pour l'heure, leur espoir le plus fort est de tomber sur un patron qui les traitera avec un minimum de respect. C'est une loterie à laquelle plusieurs d'entre elles ont déjà perdu, ce qui ne les empêche pas de retenter leur chance, prêtes à sacrifier leur santé physique et mentale au service de parfaits inconnus. Dans de telles conditions, les qualifier d'héroïnes est une lame à double tranchant. Elles forcent l'admiration bien sûr, mais elles sont aussi les victimes (parmi tant d'autres) d'un système qui lui, n'a rien d'admirable. En nous révélant ces femmes dans toutes leurs vulnérabilités, "Overeseas" prend d'une certaine manière ce système déshumanisant à revers. C'est peu, mais c'est déjà beaucoup.

Les prochaines projections en Belgique

02/10 – Docville Leuven – 18:00

06/10 – Cinéma l’Ecran Ath – 20:00

08/10 – Cinéma Palace Bruxelles – 19:00

18/10 – Festival Millenium CIVA Bruxelles – 17:00

22/10 – Cinéma Vendôme Bruxelles – 19:30

12/11 – Centre Culturel Genappe – 20:00