FIFF : "Une vie démente", une remarquable tragicomédie belge

FIFF : “Une vie démente”, une remarquable tragicomédie belge
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FIFF : “Une vie démente”, une remarquable tragicomédie belge - © Tous droits réservés

La 35ème édition du Festival du Film Francophone de Namur commence avec le bienveillant et inventif “Une vie démente”.

On n'attend pas forcément d'une comédie titrée "Une vie démente" qu'elle nous offre un regard nuancé sur la maladie d'Alzheimer. C'est pourtant ce que nous proposent Ann Sirot et Raphaël Balboni avec leur premier long-métrage, une fantaisie qui traite avec justesse de ce sujet difficile. 

Là où de nombreux films évoquent la démence avec solennité ou par la dérision, "Une vie démente" préfère une alternance plus délicate entre le rire et les larmes. Le ton du film fluctue en fonction du ressenti des personnages : quand on rencontre son protagoniste, Alex (Jean Le Peltier), trentenaire bruxellois, l'atmosphère est plutôt légère, pour la simple et bonne raison que sa vie suit un cours tranquille. Il est en couple, prévoit d'avoir un enfant avec sa compagne Noémie (Lucie Debay) et mène une existence plutôt sympathique. 

La donne change lorsqu'il apparaît que Suzanne, sa mère, directrice d'un centre au caractère bien trempé, souffre d'une démence sémantique (une maladie proche d'Alzheimer). Sous peu, la voilà en train de multiplier les erreurs : dépenses absurdes, vol à l'étalage et confusion à tous les étages. Ses affres sont d'une certaine manière amusantes, pas très éloignées du burlesque, mais son fils ne voit pas les choses de cet œil. Profondément affecté par cette transformation radicale, il se retrouve submergé par la maladie de sa mère, ses projets ébranlés. Comment envisager d'avoir un bébé lorsque celle qui vous a donné la vie semble elle-même retomber en enfance ? 

Agissant comme un électron libre, elle sème le chaos sur son passage, sans se rendre compte de l'irritation, la perplexité et l'attendrissement qu'elle provoque par ses actes farfelus. La performance de Jo Deseure dans le rôle est à cet égard absolument remarquable : elle se donne tout entière au personnage, si bien qu'on en oublie par moment que l'actrice ne souffre pas elle aussi d'une maladie neurodégénérative. Le reste du casting — principalement composé d'habitués du cinéma de Ann Sirot et Raphaël Balboni — est au diapason. 

Pour leur premier long-métrage après des années des courts, les deux cinéastes s'en sortent avec les honneurs. Exception faite de l'emploi parfois trop fréquent de la caméra à l'épaule, leur manque de budget ne tempère pas leur inventivité formelle. Le film nous offre régulièrement des scènes dont se dégage une plaisante fantaisie. Dans le registre visuel, on peut notamment évoquer ces séquences dans lesquels les personnages portent, sans aucune justification, des vêtements dont les motifs sont identiques à ceux du papier peint. Du côté sonore, ce sont les Quatre Saisons de Vivaldi, déclinées sous diverses formes musicales, qui rythment la narration. Le choix est à-propos pour ce film qui, à travers son évocation d'une part naturelle de la vie, nous fait ressentir une large variété de sentiments.

 

"Une vie démente" est projeté à Namur ce vendredi 2 et samedi 3 octobre dans le cadre du FIFF. Il sort dans les salles belges le mercredi 4 novembre.