FIFF : "Petit Samedi", une histoire de famille

FIFF : "Petit Samedi", une histoire de famille
FIFF : "Petit Samedi", une histoire de famille - © Michigan Films

Présenté au Festival International du Film Francophone de Namur, le documentaire de Paloma Sermon-Daï parle d'addiction et de liens familiaux avec une douceur bienvenue.

Filmer sa famille pour un documentaire n'est jamais une simple affaire. En pointant sa caméra vers ses proches, une profusion de questions se soulèvent. Comment trouver la bonne distance ? Doit-on filmer ses parents de la même manière que de parfaits inconnus  ? Doit-on mettre en évidence son lien de parenté avec ses sujets  ? Ce sont à ces épineuses interrogations que la cinéaste Paloma Sermon-Daï s'est frottée avec son premier long-métrage, “Petit Samedi”, qui traite non seulement de la relation entre son frère et sa mère, mais aussi de toxicomanie.

Depuis une vingtaine d'années, Damien Samedi fume de l'héroïne, une addiction dont il n'est jamais parvenu à se débarrasser. C'est une source de souffrance pour lui comme pour son entourage, en particulier pour sa mère, qui continue de le protéger et de le couver malgré ses 43 ans (et demi). À l'écran, ces deux-là se chamaillent, se disputent et s'expliquent avec une tendresse évidente, visiblement incapable de se séparer après tant de douleurs partagées. Sondant leur passé, la matriarche et son fils tentent de mettre des mots sur l'addiction. Qu'est-ce qui a pu le mener vers la drogue ? Quels maux cachent la toxicomanie ?

Face à eux, la cinéaste s'efface : rarement mentionnée par le duo, elle n'est à aucun moment un personnage actif du film. Il y a d'ailleurs fort à parier que de nombreux spectateurs regarderont le documentaire sans réaliser qu’elle filme sa propre famille. C'est un choix déconcertant, regrettable peut-être (qui sait ?), mais qui lui permet de se focaliser entièrement sur la relation co-dépendante entre son frère et sa mère. Les conversations qu'elle saisit sont d'une rare intimité, à la fois empreintes de pudeur et de désinvolture.

Si la cinéaste manifeste sa présence, c'est plutôt au travers de ses choix cinématographiques, très marqués : cadres soignés, séquences filmées sous plusieurs angles, mises en lumière élaborées, etc. Le film bascule même dans l'onirisme le temps d'une scène, frôlant plus d'une fois les frontières qui séparent le documentaire de la fiction. Curieusement, cela n'enlève rien à la véracité de “Petit Samedi”. Au contraire, une certaine justesse se dégage de la forme choisie par Paloma Sermon-Daï. Il n'est pas aisé de filmer sa famille, mais la réalisatrice semble avoir trouvé ici la bonne distance, jetant un regard bienveillant et sans jugement sur les vies difficiles de sa mère et de son frère.

 

Le film est à découvrir au FIFF, en compétition officielle :

6/10, à 18h  au Caméo, en présence de l'équipe du film
8/10, à 13h au Delta
9/10, à 17h au Caméo
 

Avant première au Cinéma Palace à Bruxelles le 20/10.