Bande-annonce : "11.6" : un film qui décrypte le convoyeur voleur Musulin sans percer son secret

François Cluzet prête son visage à l'énigme Tony Musilin dans "11.6".
François Cluzet prête son visage à l'énigme Tony Musilin dans "11.6". - © ©Wild Bunch Distribution. All Rights Reserved.

Le 5 novembre 2009, le convoyeur de fonds lyonnais Toni Musulin déclenchait les fantasmes en disparaissant avec son fourgon, emportant 11,6 millions d'euros : dans son film "11.6" Philippe Godeau retrace l'histoire du plus célèbre des convoyeurs, incarné par François Cluzet, sans toutefois percer son secret.

Le film, qui sortira chez nous le 3 avril, s'ouvre sur sa reddition dans un commissariat de Monaco, après onze jours d'une cavale rocambolesque en Italie. Puis il explore le quotidien de ce convoyeur de 39 ans, en butte aux brimades et aux humiliations de ses chefs, et la préparation méticuleuse de ce "casse du siècle", sans arme, ni violence, qui sera sa "vengeance".

"J'ai essayé d'avoir un parti pris, je voulais raconter l'histoire d'un homme, pas faire un film d'action", a expliqué à la presse Philippe Godeau, à l'avant-première du film à Lyon.

"L'important pour moi, ce n'est pas le casse, mais de s'ancrer dans le contexte social pour essayer de comprendre comment cet homme, convoyeur de fonds depuis dix ans, employé modèle, jamais en retard, pas syndiqué et au casier judiciaire vierge, en était arrivé là", ajoute le réalisateur, qui s'est inspiré du livre de la journaliste Alice Géraud-Arfi, "Toni 11,6" (Editions Stock).

A la différence de l'auteur, ni lui ni François Cluzet n'ont rencontré Musulin à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas, où il a purgé, à l'isolement, une peine de cinq ans de prison, avant un récent transfèrement à la prison de la Santé à Paris.

"De toute façon, c'est plutôt quelqu'un de mutique", renchérit François Cluzet, pour qui "c'était intéressant de cerner le personnage dans ce qu'offre le script" à savoir la "crise d'identité" de ce convoyeur, dont le "métier à hauts risques n'est absolument pas considéré".

"Ce n'était pas tant l'envie d'en faire un héros que de le défendre au nom d'une complexité pour lui donner une humanité", avec "ses forces et ses faiblesses", dans un film qui reste une "fiction", assure-t-il.

Des scènes très réalistes

Nombre de scènes sont toutefois "très réalistes", estime l'un de ses avocats, Me Hervé Banbanaste, présent à l'avant-première, pour qui "le portrait psychologique de Musulin est très réussi".

La radinerie légendaire de cet homme, surnommé la pince est brocardée : on le voit à la machine à café arracher la tasse de ses collègues pour économiser un sou. Mais il déboursera plus de 110.000 euros pour acheter sa Ferrari flamboyante à une vente aux enchères.

Le film déroule avec réalisme les étapes du casse. Depuis l'achat de parpaings, dans un magasin de bricolage, pour construire le "cinquième mur" au fond du box, où la police a retrouvé l'essentiel du butin, 9,1 millions d'euros. Jusqu'au déchargement haletant des sacs de billets, du fourgon à sa camionnette, où, faute de place, Musulin a dû en poser sur le siège avant.

"Hypothèse de fiction", le film prend parti sur "l'humanité" de Musulin, guère évoquée à l'époque des faits. Il a une amitié "sincère et profonde" pour l'un de ses coéquipiers, avec qui il se brouillera délibérément juste avant le casse, "pour le protéger". Il fera de même avec sa compagne.

Fiction oblige, d'autres scènes, comme son attirance pour une guide italienne, sont totalement romancées, selon le réalisateur.

Reste qu'à aucun moment le film n'aborde la question du butin manquant : les 2,5 millions d'euros, dont Musulin dit tout ignorer.

"Le butin manquant, c'est une question qui ne m'intéresse pas, j'espère qu'il l'a, mais je ne sais pas, et ce qui est intéressant, c'est un homme seul qui prend 11,6 millions d'euros", explique Philippe Godeau qui a notamment rencontré les anciens collègues de Musulin.

"Personne ne renie Toni, c'est quelqu'un qui leur a donné une certaine fierté", assure-t-il.

Condamné en appel à Lyon à cinq ans de prison en septembre 2010, Musulin, qui n'a pas encore vu le film, devrait être libérable avant la fin 2013. Une sortie en toute discrétion, selon sa défense.

 

AFP Relax News

11.6 la bande-annonce