"Soul" de Pixar provoque le débat sur la place des actrices et acteurs noirs dans le doublage de voix

"Soul" de Pixar provoque le débat sur la place des actrices et acteurs noirs dans le doublage en Europe
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"Soul" de Pixar provoque le débat sur la place des actrices et acteurs noirs dans le doublage en Europe - © Pixar 2020

Soul, dernier film d’animation en date des studios Pixar, provoque la polémique dans certains pays d’Europe. Son personnage principal, un homme noir, y est en effet doublé par des acteurs blancs. Le tollé pose la question de la représentativité dans la profession du doublage, où une majorité des actrices et acteurs est blanche.

Dans sa version originale, c’est Jamie Foxx qui prête son timbre à Joe Gardner, le personnage principal du film animé. Dans la version française, il est doublé par Omar Sy. Aucun problème donc. Le film apparaît même comme une petite révolution, puisque, comme le souligne le New York Times, c’est le premier film signé Pixar à avoir un héros noir de peau, le second des studios Disney (après La Princesse et la Grenouille), et seulement… le quatrième dans toute l’histoire du cinéma américain ! D’habitude, les personnages noirs sont cantonnés à des seconds rôles.

Mais cette bonne nouvelle pour Disney, qui est en pleine réflexion sur son rapport au racisme systémique, est quelque peu gâchée dans d’autres pays, comme en Portugal, en Allemagne, en Espagne ou au Danemark, où ce sont des acteurs blancs qui prêtent leur voix au personnage pourtant afro-américain.

Aux premiers abords, la couleur de peau d’un acteur de doublage n’a pas réellement d’influence visuelle à l’écran, et certainement pas pour un film d’animation. Comme l’ont souligné certains internautes, en commentaires de l’article de Konbini, "la voix n’a pas de couleur" (une affirmation dont on pourrait pourtant débattre, si l’on prend en compte les accents, les intonations ou la diction qui peuvent être très divers en fonction de l’origine socioculturelle).

Mais c’est surtout la place faite aux personnes racisées dans ce domaine cinématographique qui pose question.

Au Portugal, le choix de l’acteur Jorge Mourato pour prêter sa voix à Joe a même fait l’objet d’une pétition qui a rassemblé plus de 17.500 signatures. La polémique s’est emparée des réseaux sociaux et des médias, après qu'un article du journal Publico ait titré "Les voix noires comptent", en référence au mouvement Black Lives Matter ("les vies noires comptent"). A contrario, Nikolaj Lie Kaas, doubleur danois du personnage, s’est lui exprimé sur Facebook pour dénoncer ces critiques, estimant que la couleur des acteurs ou actrices ne comptait pas :

Laissez les acteurs ou actrices qui sont les meilleurs avoir le boulot.

A-t-il déclaré. Pourtant, le fait que les voix des acteurs et actrices de couleur, qui n’ont pas moins de talents, soient très peu entendues au cinéma est une réalité. Dans la version québécoise de Black Panther par exemple, film qui ne compte que deux acteurs principaux blancs, un seul doubleur est noir. Certains pays d’Europe n’ont simplement aucun acteur et aucune actrice de couleur pour doubler films, séries, dessins animés ou jeux vidéo.

Dans le doublage francophone européen, la représentation est moins catastrophique, notamment grâce à des acteurs et actrices issus des départements français d’outre-mer ou des pays africains francophones. Parmi les grandes voix, on compte le regretté Med Hondo (Eddy Murphy), Thierry Desroses (Samuel L. Jackson), Maïk Darah (Whoopie Goldberg) ou encore Greg Germain (Will Smith), pour ne citer qu’eux.

Toutefois, les acteurs et personnages noirs originaux sont souvent doublés par des blancs, alors qu’il est extrêmement rare qu’un personnage blanc soit doublé par un acteur noir.