La Cambre met en ligne des travaux d'anciens étudiants en animation

"Flamenco" — Vincent Patar (1988)
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"Flamenco" — Vincent Patar (1988) - © Benoît Marcandella / La Cambre / Vimeo

Fondée à Bruxelles en 1926, l’École Nationale des Arts Visuels de La Cambre s’est toujours employée à favoriser une forme d’avant-garde, en opposition aux autres systèmes académiques de son époque.

Une quarantaine d’années après sa fondation, le cinéma d’animation y devient une discipline d’étude, sous un angle plus artistique que technique. Son objectif : "stimuler la création en vue de contribuer à doter l’industrie culturelle de produits de haute qualité".

Et dès son ouverture, ce qu'on appellera "l’Atelier de Cinématographie Expérimentale d’Animation" forme une première vague de personnalités qui deviendront de grands noms de l’animation. Depuis, l’école perpétue son savoir-faire auprès de nombreuses générations, jusqu’aujourd’hui, avec des étudiants fraîchement diplômés et déjà reconnus, tels que Chloé Alliez, Hannah Letaïf, Bruno Tondeur et tant d’autres…

Malheureusement, les travaux d’étudiants sont peu accessibles sur la toile. Pour des raisons de droits d’auteur, ou parce que les films sont réservés par des festivals internationaux, il est bien souvent difficile de les visionner sur Internet…

C’est donc un véritable cadeau que la chaîne Vimeo de La Cambre offre aux internautes, en mettant en ligne plus de 150 travaux étudiants réalisés à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Sont répertoriées des perles rares aux formats et techniques variés, dont certains auteurs sont aujourd’hui devenus de grands noms du cinéma d’animation belge et international.

En faisant défiler les vidéos, on peut y retrouver un exercice de Vincent Patar, coréalisateur des films à grand succès "Ernest et Céléstine" et "Panique au village". Un peu plus loin, on tombe avec surprise sur les débuts de Kim Keukeleire, derrière le tout récent "Ma vie de Courgette" ainsi que "Frankenweenie" (Tim Burton), ou encore "Fantastic Mister Fox" (Wes Anderson). En continuant à fouiller, on découvre un stop-motion de l’animatrice de "Toy Story" et "James et la Pêche Géante", Guionne Leroy.

Au fil de l’exploration, on peut voir de nombreux exercices commandités par les professeurs. Des transformations d’objets, des travaux de lipping (une technique de synchronisation pour donner une voix aux personnages), des études pour le déplacement de caméra, sans oublier les recherches expérimentales…

Autant de visions différentes de l’animation que d’étudiants, à une époque où l’essentiel se faisait à la main. Cet aspect artisanal, où les images sont parfois abîmées par le grain des pellicules vieillissantes, est la preuve d’une imagination débordante et d’une créativité sans limites.

Manifestement, le numérique ne manquait à personne ! Si l’on pourrait penser que l’animation "classique", celle dessinée au crayon, dominait à l’époque, c’est une erreur. Les étudiants d’il y a trente ans se plaisaient à diversifier leurs approches, allant du stop-motion aux papiers découpés, en passant par la surimpression sur pellicules.

Une simplicité d’outillage pour un résultat souvent complexe, où les étudiants se mettaient fréquemment eux-mêmes en scène, fournissant quelques aperçus amusants de la vie estudiantine à l’époque. L’un se montre en plein exercice de gymnastique, l’autre reconstruit un apéro festif, tandis que Sylvia Minnaert explore les symptômes de l’"Animitis", une maladie qui, semble-t-il, devait toucher plus d’un étudiant de La Cambre !

En voyant ces petites pépites d’un charme presque magique, on s’aperçoit que le talent national de notre plat pays ne se limite pas uniquement au cinéma de fiction, ni au documentaire, mais également au cinéma d’animation ! Et il y a de quoi être fier !