Jul ("50 Nuances de Grecs") : "Le rire ouvre des portes et stimule l'intelligence de manière folle"

Rencontre avec le dessinateur et auteur Jul dont La saison 2 de "50 Nuances de Grecs" est diffusée sur Arte depuis le 31 août. Jul revient sur l’élaboration et la production de son programme, nous parle de son casting de voix XXL et nous explique à quel point la mythologie est présente dans notre société actuelle.

 

Entretien.

Dans la saison 2 de "50 nuances de Grecs", on retrouve une belle brochette de stars et des gens connus, notamment des médias, pour faire les voix. Racontez-nous.

On l'avait un peu initié avec "Silex and the City" déjà. À l'époque, je m'étais inspiré des "Simpson" ou du "Muppet Show" qui avaient en permanence des invités incroyables. Je me souviens de Whitney Houston, interviewée par Kermit la grenouille ou de Obama qui passait chez les Simpson. ll y a des gens avec qui j'ai toujours rêvé de travailler et qui, en général, dans les productions, dans les films, dans les spectacles, ne se fréquentent pas parce qu'ils viennent d'univers vraiment disparates. D'un côté, les grandes stars de l'humour (Valérie Lemercier, Alex Lutz, Bruno Solo), d'un autre des comédiens qui sont plutôt du théâtre et du classique (Guillaume Gallienne, Michel Vuillermoz) et puis toute une autre génération de comédiens comme Sara Giraudeau, Felix Moati, Camélia Jordana. Par ailleurs, il y a des voix qui n'ont rien à voir avec ce monde. Je pense à Leïla Slimani, la romancière qui joue Ariane, ou bien à Audrey Azoulay, qui aujourd'hui dirige l'Unesco et qui joue Pasiphaé.

Comment avez-vous convaincu toutes ces personnalités ? Guillaume Gallienne, Léa Salamé, Valérie Lemercier, pourquoi ont-ils dit "oui" selon vous ?
La plupart des gens à qui j'ai proposé, je suis allé les voir et je leur ai dit : "ça vous dirait de faire ça ? Moi je vous imagine dans tel rôle". Dans 95% des cas, ils ont dit oui tout de suite. J'ai eu beaucoup de chance. Je pense qu'ils le font parce qu'ils aiment le projet, que ça les amuse et que l'écriture leur plaît. Ils ont beaucoup de liberté dans ce projet, car ils proposent leur façon de jouer avec leur ton et leur rythme. Cette série se base sur un comique de dialogue et ils sont partie intégrante du projet.

En prenant des stars que tout le monde connait, c'est une façon de montrer combien la mythologie nous est familière et actuelle ?

On se rend compte que dans la mythologie, il y a des clés pour lire et rendre plus profonde notre vision. Nous sommes déroutés par les différentes crises que nous traversons et les faits divers auxquels nous sommes confrontés et les Grecs y ont pensé. "Pandémie", "cataclysme", "chaos" sont des termes grecs qui sont au centre des enjeux mythologiques. 

Votre intention dans ce programme est de faire rire, instruire ou les deux ?

Je suis de cette école qui a été instruite par Goscinny, Gotlib ou Franquin. Ces dessinateurs fabuleux et mythiques pour toute ma génération avaient cette idée d'instruire et d'amuser.

Ce qui est marrant, c'est que les Grecs avaient aussi ce concept du rire intelligent. On a jamais autant appris et approfondi les choses qu'avec cette émotion-là. Le rire ouvre des portes et stimule l'intelligence de manière folle.

Au global, qu'est ce qu'on peut dire des Grecs, tout particulièrement en ces temps de crise ?

La sagesse et la pensée grecque valent pour nous tous ainsi que pour toute l'Europe. En fin de compte, cette pensée grecque est celle du tragique, de l'Éros et Thanatos. C'est ce qu'il y a de plus contemporain et de plus intemporel à la fois. On leur doit un tribut considérable et les remettre en scène, les rendre vivants, les ré-insuffler dans une espèce de modernité qu'ils n'ont jamais vraiment perdue est quelque chose qui peut paraître presque indispensable.

la saison 1 de "50 nuances de Grecs" est disponible sur le site d'Arte jusqu'en 2023

la saison 2 est déjà entièrement en ligne et sera disponible jusqu'en 2025