Jordan Kerner et le retour des Schtroumpfs : Back to Peyo !

Pour ce "reboot" des aventures des Schtroumpfs au cinéma, le producteur Jordan Kerner a pris deux excellentes initiatives : primo, réaliser cette fois un film 100% en animation d’images de synthèse, sans prises de vues réelles, et secundo, revenir à l’esprit des albums originels de Peyo. Résultat, une adaptation fidèle et réussie du monde des petits lutins bleus du dessinateur.

Interview

Parlons de cette trilogie. Pourquoi y a-t-il une si grande différence entre les deux premiers films, qui mélangeaient le dessin animé et les prises de vue réelles, et celui-ci ?

Jordan Kerner : Quand l’aventure a commencé, je voulais faire un dessin animé qui a, en fait, été développé avec un autre studio. Quand on est allé chez Columbia Pictures, un autre film sortait : "Alvin et les Chipmunks" ; c’était un film hybride, mélangeant animation et prises de vue réelles. Le studio pensait que ce film-là était tellement bien qu’il fallait faire la même chose avec les Schtroumpfs. De plus, j’avais déjà produit de nombreux films du même genre donc j’étais partant. C’est pour cela que les deux premiers films sont hybrides. Ils ont eu beaucoup de succès et j’en suis très reconnaissant. Cependant, à l’heure d’en faire un troisième, on voulait complétement réinventer l’histoire, pour partir non pas du point de vue de Peyo en le plaçant en Belgique, mais de notre point de vue. Ce n’est donc pas le troisième film, c’est un dessin animé à prendre indépendamment des autres.

On est donc plus dans une optique de retour aux sources…

Tout à fait ; un retour à Peyo. Tout au long du processus de création du dessin animé chez Sony Pictures Animation, on se demandait toujours : "Que ferait Peyo dans ce cas précis ?"

Sans spoiler le film, on parle un peu de l’origine de la Schtroumpfette, qui est en fait une créature de Gargamel. L’un des volumes de Peyo est d’ailleurs consacré à cette histoire. Comment vous est venue l’idée d’utiliser ce personnage en particulier ?

Les gens posent toujours les mêmes questions : pourquoi n’y a-t-il qu’une seule femme et 99 hommes dans le village des Schtroumpfs ? Quelle est la relation entre le Grand Schtroumpf et les autres habitants du village ? On essaie de répondre à toutes ces questions dans le dessin animé en commençant par la question de la femme unique dans le village. De fait, on voulait retourner à Peyo et s’intéresser à la création de la Schtroumpfette, grâce à la terre glaise, pour ensuite voir les interactions entre la Schtroumpfette et les autres Schtroumpfs qui veulent en faire un Schtroumpf à part entière plutôt que cette créature maléfique de Gargamel.

D’un point de vue personnel, qu’aimez-vous dans cet univers des Schtroumpfs ?

Ce que j’aime chez les Schtroumpfs, et qui plaît, je pense, à tout le monde… J’ai commencé à lire trois BD de Peyo, en 1979, sur une plage. L’une d’elle était La Schtroumpfette. J’aimais la couleur bleue de leur peau, c’est une couleur que j’apprécie particulièrement, d’ailleurs j’en porte aujourd’hui. J’étais donc fasciné par leur apparence. Ensuite, j’étais fasciné par la cohésion de ce groupe dont tous les membres travaillent vraiment ensemble, sans dispute, sans colère. C’est finalement ainsi que la société devrait fonctionner. On essaie donc de donner l’exemple d’un monde meilleur. C’est ce que j’aime chez les Schtroumpfs.

Dans les années 1980, Hanna-Barbera a produit des centaines d’épisodes animés pour la télévision. Est-ce la raison pour laquelle cet univers est si populaire aux États-Unis ?

Quand Hanna-Barbera a commencé la série, qui a duré de 1980 à 1989 avec 232 épisodes, cela a eu un succès immédiat. Ça passait le samedi matin et de nombreux enfants de l’époque sont aujourd’hui des parents de 30-40 ans. De fait, ils connaissent le film car ils ont grandi avec les personnages et ils peuvent désormais les faire connaître à leurs enfants.

Le succès et la longévité des Schtroumpfs de Peyo pourraient être expliqués par le fait qu’il n’essayait pas de coller à la mode ou à l’actualité. Ses histoires sont intemporelles, comme celles de Molière finalement…

Absolument et nous avons essayé de poursuivre dans cette voie avec les films. On s’est assurés qu’il n’y avait aucune référence actuelle, comme le font beaucoup de films d’animation, car ces références passent très bien aujourd’hui mais elles paraissent assez dépassées quand le film sort en DVD. J’espère que ces films des Schtroumpfs ne vieilliront pas et qu’ils seront toujours aussi originaux.

En tant que producteur, est-ce difficile d’imposer sa vision d’un film à Hollywood ?

J’ai eu vraiment beaucoup de chance car les personnes qui travaillent chez Sony Pictures Animation ont tous entre 20 et 30 ans, ce qui fait qu’ils ont grandi avec les Schtroumpfs. Ils ne voulaient donc pas d’une version qui s’éloigne trop des BD. Dès le début, je me suis également fortement opposé à ce que ce soit le cas et ils ont tous compris cela ; ils ne le comprennent pas toujours quand il s’agit d’autres sujets. Dans notre cas, les Schtroumpfs leur étaient précieux car ils font partie de leur enfance, donc ils voulaient suivre cet héritage dans la même lignée.

Vous avez évoqué le fait que ce film est le premier d’une nouvelle série. Êtes-vous confiant quant à la production d’un deuxième film ?

On espère vraiment que le public appréciera ce film. C’est en effet visuellement magnifique. Kelly Asbury est un réalisateur exceptionnel ; il a réussi à injecter l’humour que l’on recherchait, il a réussi à apporter de l’émotion grâce aux relations entre les personnages donc il y a de l’humour, de l’émotion et de l’aventure dans ce film. Il contient des images magnifiques comme je n’en avais jamais vues auparavant, comme la rivière en 3D. On espère donc avoir une chance de continuer à raconter l’histoire de ces personnages auxquels nous tenons tant. On a d’ailleurs déjà commencé à travailler sur un scénario et sur un story-board pour la suite des aventures…

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