Anima 2021 : "The Nose or the Conspiracy of Mavericks"

Anima 2021 : “The Nose or the Conspiracy of Mavericks”
Anima 2021 : “The Nose or the Conspiracy of Mavericks” - © Tous droits réservés

En projet depuis 1969, l'ambitieux et hybride film d'animation d'Andreï Khrjanovskie se dévoile en ligne dans le cadre du festival Anima.

C'est l'histoire d'un homme qui perd son nez. Ou est-ce l'histoire d'un pays qui perd sa liberté artistique  ? Un peu des deux, et bien plus encore. L'ambition n'est en effet pas ce qui manque à “The Nose or the Conspiracy of Mavericks”, film d'animation russe en préparation depuis plus de 50 ans.

Fruit d'un projet né à la fin des années 60, le long-métrage était initialement pour Andreï Khrjanovskie une simple adaptation de la nouvelle absurde de Nicolas Gogol, «Le Nez». Mais au fil des années l'œuvre est devenue hybride, se transformant (notamment) en une adaptation du strident et moderne opéra que Chostakovitch a créée à partir de la nouvelle. Jouant à la fois sur le côté inquiétant et satirique de l'opéra, Andreï Khrjanovskie lui donne vie grâce à quelques séquences d'anthologie qui mélangent de superbes dessins avec des découpages en mouvement.

L'opéra, comme le film nous l'apprend, fut rejeté par Staline, marquant la fin d'une certaine liberté artistique dans l'Union soviétique. Pour Andreï Khrjanovskie, c'est l'occasion parfaite pour explorer cette période culturelle. Entre deux scènes de chants, il nous plonge dans quelques récits biographiques mis en scène avec le même panache. Sergeï Eisenstein, Mikhaïl Boulgakov et bien d'autres artistes à s'être frottés au stalinisme font partie des personnalités évoquées dans les 89 minutes du film. Mieux vaut être très au fait de la culture russe pour pouvoir apprécier pleinement «The Nose»  : le film semble avoir été conçu pour des spectateurs bien renseignés sur le sujet. Les visages d'artistes n'ont de cesse de succéder, et le film ne prend que rarement le temps de les nommer.

Méta jusqu'à la moelle, le long-métrage est avant tout intéressée par la création. Celle de l'opéra bien sûr — le film nous emmène notamment dans les coulisses de sa conception ou dans une salle de spectacle —, mais aussi par la création du film en lui-même. Dans quelques séquences réalisées en prises de vue réelles plutôt qu'en animation, le cinéaste nous montre les artistes en train de dessiner les images du long-métrage. Dans d'autres, il met en scène de proéminents artistes russes d'aujourd'hui réunis dans un avion, alors qu'ils regardent sur leur siège quelques grands films qui ont jalonné le patrimoine cinématographique de leur pays.

Dressant sans cesse des liens entre passé et présent, fiction et biographie, le film s'éparpille fréquemment. Son propos — une défense passionnée des artistes avant-gardistes bafoués par l'Histoire — est relativement clair, mais il est trop facile de se perdre parmi les innombrables idées, images et références pointues que le film accumule. Un excès d'ambition ? Sans doute. Mais c'est aussi ce qui fait l'intérêt de cette œuvre hybride et déroutante qui refuse d'être une sage adaptation.

 

Le film est à découvrir en ligne du 12 au 21 février dans le cadre de la 40e édition du festival Anima.