Soko et Lily-Rose Depp parlent de la Danseuse

Lily-Rose Depp et Soko à Cannes
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Lily-Rose Depp et Soko à Cannes - © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT - AFP

Avec Lily-Rose Depp en Isadora Duncan, et Soko en Loïe Fuller, "La Danseuse" a fait sensation à Cannes : le premier film de Stéphanie di Giusto narre l’histoire vraie de Loïe Fuller, une artiste américaine qui hypnotisa le Paris de la Belle Epoque par ses chorégraphies tourbillonnantes à l’aide de longs voiles de soie. Si sa popularité a été fulgurante, elle fut cependant éclipsée par son éternelle rivale, Isadora Duncan qui connaîtra un grand succès tandis que Loïe retombera dans l’anonymat. 

Cathy Immelen : Première question pour vous, Soko. Considérez-vous ce film comme un cadeau ?

Soko : Moi absolument, depuis le début ! Ça fait tellement longtemps que je bosse avec Stéphanie sur le film et elle a passé tellement de temps à l’écrire et à se documenter. Elle a fait un vrai travail d’historienne sur le film, j’ai été là tout le temps et elle me nourrissait de toutes petites informations et de plein de photos et ensuite d’un scénario, et puis de révisions de scénario. Du coup, depuis le début, je savais que travailler avec elle c’était un cadeau parce qu’elle a une vision tellement aiguisée, un tel œil pour l’art et tout ce qu’elle fait en images – ce que je connaissais déjà avant et qui m’impressionnait déjà – et en plus, je savais qu’en tant que réalisatrice, pour un long métrage, elle n’allait rien laisser passer – ce qui a vraiment été le cas. Et en plus, le fait de pouvoir interpréter Loïe Fuller qui représente tout ce que j’aime dans l’art et qui a quand même été oubliée ; j’ai adoré être "elle", j’ai adoré me découvrir en tant que danseuse et devenir elle et apprendre toutes ses chorégraphies, apprendre un nouveau langage. C’était assez fou !

Lily, vous qui avez moins d’expérience au cinéma, qu’est-ce que vous avez appris avec ce film ? Est-ce aussi une révélation pour vous dans le sens où vous réalisez que c’est le métier que vous voulez faire ?

Lily-Rose Depp : Oui, pour moi c’était énorme d’avoir l’honneur de jouer Isadora Duncan qui est une icône de la danse, une personnalité tellement talentueuse et tellement magnifique, mais aussi de travailler avec une belle équipe, des acteurs tellement talentueux et merveilleux et Stéphanie (Di Giusto, la réalisatrice) qui était totalement dévouée au film. Comme c’était son premier film et que ça faisait cinq ans qu’elle travaillait dessus, elle était tellement passionnée, elle ne laissait rien passer et c’était vraiment inspirant de travailler avec quelqu’un d’aussi passionnée de son travail. Ça nous donnait envie de travailler encore plus. 

Soko : C’était aussi bien de faire un film réalisé par une femme, sur l’histoire d’une femme forte avec un casting de femmes fortes. Ça fait du bien !

Comment qualifieriez-vous les performances de Loïe Fuller ? Je ne sais pas si on peut mettre une étiquette dessus, mais qu’est-ce que c’est ? Ça consiste en quoi ?

Soko : En fait, Loïe, c’est une fille de ferme qui vient de rien, du grand ouest américain, qui s’est découverte un peu par hasard, assez tard dans sa vie, parce qu’elle découvre sa danse quand elle a vingt-cinq ans ce qui est vraiment tard car toutes les danseuses savent danser avant de savoir marcher. Elle rêvait d’être actrice et en fait ça ne marchait pas du tout pour elle. Ensuite, elle a inventé cette danse qui ne ressemblait à rien, qui était complètement avant-gardiste. Elle a trouvé des grands tissus de soie avec des baguettes et elle s’est mise à vouloir se cacher : cacher toutes ses faiblesses et cacher tout le peu d’amour propre qu’elle avait pour elle-même derrière des voiles de tissu et des lumières complètement magiques et assez phénoménales tout en créant quelque chose de grandiose alors qu’elle était la fille qui avait le moins confiance en elle.

D’où le rapport d’attraction-répulsion avec Isadora Duncan qui est un peu tout le contraire… Lily, est-ce que vous pouvez expliquer la différence entre les deux personnages par rapport à la notion d’art ?

Lily-Rose Depp : Elles sont tellement différentes. Loïe est complètement dans la souffrance, dans le travail et le travail de l’art. Elle s’en fout si elle souffre, si elle a mal physiquement, émotionnellement juste pour que ce soit beau pour son public. Isadora, elle est plus dans l’abandon de la danse, elle veut que ce soit agréable. Pour elle, ce qui compte, ce n’est pas de travailler, de s’entraîner tous les jours, c’est ce qui vient du cœur et ce qui vient de l’âme…

Soko : C’est un peu d’un naturel déconcertant pour elle et sans efforts.

Lily-Rose Depp : Mais après oui, c’est intéressant le rapport qu’il y a entre les deux parce que ce sont deux artistes tellement magnifiques…

Soko : Alors que pour Loïe, c’est vraiment de la rigueur, de la concentration, tout est au millimètre et tout est dans le contrôle…

Et de la souffrance aussi…

Lily-Rose Depp : Isadora, c’est complètement l’opposé… C’est intéressant, parce que ce sont deux artistes tellement différentes…

Soko : Et toute l’admiration qu’elles avaient l’une pour l’autre aussi. Parce que forcément quand on a une qualité, on a aussi envie d’avoir l’autre, c’est une balance.

Lily-Rose Depp : Loïe ne sera jamais ce qu’est Isadora et Isadora ne sera jamais une bosseuse comme Loïe. Elles sont vraiment opposées donc je pense qu’elles s’admirent et elles sont un peu jalouses l’une de l’autre. C’est assez intéressant !