Rosa Salazar est Alita

Rosa Salazar à la première d'Alita, à côté de son "double" à l'écran
Rosa Salazar à la première d'Alita, à côté de son "double" à l'écran - © Alberto E. Rodriguez - AFP

Dans un futur lointain et apocalyptique,  le fossé entre les riches et les pauvres s’est creusé. Les premiers vivent dans un espace clos qui surplombe la Terre, tandis que les seconds évoluent sur une planète jonchée de déchets. Dans une décharge, un scientifique, le Dr Dyson (Christoph Waltz) récupère une tête sans corps, la dote de bras et de jambes artificielles, et parvient à la réanimer. La créature, baptisée Alita, est douée de raison et de sentiments, mais elle a tout oublié de son passé. Elle ne va pas tarder à découvrir qu’elle possède des talents de combattante convoités par tous… La réussite principale du film, c’est Alita : on s’attache à cette adolescente mi-robot mi-humaine, et c’est essentiel pour s’intéresser à ses (més)aventures.

Et Rosa Salazar est l'actrice qui a été choisie par Robert Rodriguez pour incarner Alita, avant toutes les transformations que la postproduction lui fera subir pour un résultat impressionnant à l'écran.

L'interview intégrale

traduction

Hugues Dayez : Quand vous avez été choisi pour ce projet, quelle était votre première réaction ? Enthousiaste ou stressée ?

Rosa Salazar :  J’étais enthousiaste. On m’a fait une blague pour me l’annoncer. Robert Rodriguez m’a appelé et a dit : "Je voulais vraiment travailler avec toi, je me suis battu pour toi.", comme si je n’avais pas obtenu le rôle. J’étais au téléphone en train de traverser la rue, j’avais le cœur brisé, et je voyais à ce moment-là un agent du parking me donner une contravention. Mon monde s’écroulait sous mes yeux. Et puis il a fini par dire : "Donc on se voit sur le tournage d’Alita : Battle Angel !". C’était l’ascenseur émotionnel. Je n’ai pas ressenti de pression. Je savais que c’était une grande responsabilité de rendre ce personnage authentique par rapport au manga, aux femmes, au public. C'était plutôt ce genre de responsabilité. Et si je ressens ce genre de pression, je me plonge juste dans le travail.

C’est un personnage très compliqué car d’un côté elle a des sentiments humains, et de l’autre elle agit comme un cyborg. Comment avez-vous trouvé un équilibre entre ces deux aspects ?

Au bout du compte, elle est humaine. Mais son aspect surnaturel est selon moi encore plus frappant que son origine cyborg. Elle ne vient pas de chez nous. Et elle ne se rappelle pas qui elle est. Donc, il faut savoir aborder tout ça. En tant que femme, j’ai une multitude de caractéristiques, de défauts et d’émotions à l’intérieur de moi. À tout moment, je suis capable de passer d’un aspect à l’autre selon la situation. Je suis habituée à vivre cette juxtaposition.

Dans ce genre de film, ce qui est tourné n’est pas ce que l’on voit à l’écran. Les yeux de l’acteur sont souvent très importants quand on joue avec des images de synthèse. Comment faites-vous pour imaginer le produit fini lorsque vous tournez ?

On ne sait peut-être pas ce que l’on va voir, mais je sais très bien que le script qu’on a lu est le film que l’on a tourné. C’est important de faire cette distinction.  L’intérêt de travailler avec des visionnaires, c’est qu’ils ont une vision et y restent fidèles. On est plus ou moins certain de voir cette vision prendre vie. J’ai aussi beaucoup regardé le "concept art", la maquette. Le produit fini n’était pas une surprise pour moi car, de nouveau, ces visionnaires savaient dès le début ce qu’ils essayaient de réaliser. Le concept art est semblable à ce que l’on voit à l’écran. Ce sont mes yeux, mais améliorés. Une bonne partie du corps d’Anita est le mien. C’est ma bouche, la raie de mes cheveux, mes sourcils, mes dents, certaines rides, marques et taches de rousseur aussi. Je savais qu’elle allait esthétiquement me ressembler, mais j’étais plus inquiète par mon interprétation.

Les films de science-fiction sont à la mode pour l’instant, et les temps sont difficiles dans le monde actuel. Le futur dans ce film est sinistre. Comment expliquez-vous cela ?

C’est notre travail en tant que narrateurs de faire réfléchir les spectateurs sur la situation actuelle, d’une manière qu’ils peuvent comprendre mais aussi apprécier. Les films plus anciens proposaient déjà une réflexion sur les conditions du moment.  La science-fiction est un bon moyen de délivrer ce message tout en profitant d’une réalité augmentée. Cette réalité permet de facilement traduire la métaphore.