Mélanie Thierry et Gaspard Ulliel, l'interview pour la Danseuse

Gaspard Ulliel et Mélanie Thierry
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Gaspard Ulliel et Mélanie Thierry - © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT - AFP

Dans l'interview de Soko et Lily-Rose, on sent un enthousiasme, une passion, quelque chose de très fort. Est-ce que vous avez ressenti cette magie-là, cet énergie-là avant et pendant le tournage ?

Gaspard Ulliel : En tout cas, j’ai senti une fougue et une détermination que j’avais rarement rencontrées chez une cinéaste. Après, c’est peut-être propre aux premiers films mais c’est ce qui m’a vraiment séduit dans ce projet. C’est peut-être un peu exagéré de dire ça, mais il y avait déjà un script que je trouvais extrêmement beau et très original. Et, il y a eu cette première rencontre avec Stéphanie qui m’a profondément touchée, parce que j’ai découvert cette femme qui était complètement habitée par son film et d’un déterminisme forcené, qui du coup créait une évidence dans une sorte de mise en abîme puisqu’il y avait un lien direct avec son personnage principal qui est prêt à tout pour son art.

Mélanie, votre personnage a existé tandis que le vôtre, Gaspard, a été inventé. Mélanie, pouvez-vous nous dire qui était votre personnage et vous, Gaspard, ce que le vôtre a apporté en matière de scénario ?

Mélanie Thierry : Moi, je joue Gabrielle, la femme de l’ombre. Je suis la femme qui va l’accompagner toute une vie, qui va totalement se sacrifier pour permettre à Loïe d’exister et de pouvoir créer ce personnage et la faire s’envoler. Mais on ne sait pas grand-chose sur elle, ça restera toujours un personnage assez mystérieux.

Gaspard Ulliel : Effectivement, mon personnage est inventé de toutes pièces et, du coup, j’avais cette liberté que Stéphanie m’a d’ailleurs accordée puisqu’on s’est vus plusieurs fois avant le tournage et on a réécrit quelques séquences et ajouté quelques idées. Après, c’était des choses plus théoriques, ce sont des idées sur lesquelles je me suis appuyé pour travailler sur ce rôle mais qui ne transparaissent pas forcément dans le film. Je me suis beaucoup inspiré de la littérature de fin de siècle, des personnages qu’on peut retrouver dans les romans de Huysmans ou de Jean Lorrain. Voilà, c’est toute cette aristocratie en décrépitude. Il y a quelque chose comme une sorte de dandy décadent fin de race, sniffeur d’éther. Et du coup, je suis parti de cette idée de départ selon laquelle c’est quelqu’un qui est fatalement attiré par la mort, par l’envie de disparaître avec son siècle, mais cette rencontre avec cette femme va le maintenir en vie d’une certaine façon. Et lui, réciproquement, je pense que ce qu’il apporte à Loïe, c’est peut-être effectivement un accompagnement financier, mais c’est aussi quelqu’un qui va peut-être l’aider à accepter ou à découvrir sa féminité.

 T.C. : La danse, est-ce que c’est un art qui vous attire tous les deux ?

Mélanie Thierry : Ah moi, ça me fascine complètement la danse, d’avoir une telle liberté dans son corps et de faire en sorte qu’il n’y ait pas d’apesanteur et qu’il y ait quelque chose d’une telle grâce… Je passe mon temps à aller à l’opéra et à aller voir des spectacles. Je trouve ça éblouissant ! C’est pour ça que ça me parlait beaucoup, j’étais heureuse même de pouvoir voir ça de plus près, de voir l’entraînement de Soko, parce que c’était un entraînement difficile. Vraiment, elle a été courageuse la petite chérie, elle n’a jamais flanché. C’est une dure à cuire parce que ce qu’elle a endossé, c’était quelque chose d’assez colossal.

Gaspard Ulliel : Mais là, c’est au-delà de la danse, je dirais même. C’est un vrai spectacle scénique et c’était merveilleux à voir. Je me rappelle que vers le milieu du tournage, il y a eu cette séquence où elle danse aux Folies Bergère et on n’était pas dans la séquence, on était sur le plateau et j’ai assisté à cette performance et ça m’a complètement retourné. C’est d’une beauté ! Et effectivement, Soko a vraiment dansé chacune des danses sans doublure et dans leur intégralité en plus. Donc, on avait notre spectacle privé sur le plateau et oui, c’est un spectacle magnifique avec tous ces jeux de lumière. Ça a vraiment été une des premières femmes à prendre conscience de ce qu’était la mise en scène.

C’est une avant-gardiste…

Gaspard Ulliel : Ah bah oui, totalement !

Mais elle a été oubliée aujourd’hui…

 Gaspard Ulliel : Elle a été oubliée, parce que – c’est ce que raconte un peu le film – elle a rapidement été éclipsée par Isadora Duncan et puis c’est quelqu’un qui a toujours refusé d’être filmée. Elle était pourtant très amie avec Edison, mais elle lui disait : "Je refuse d’être enfermée dans une boîte". Du coup, il y a très peu d’archives. Après, je pense que dans le monde de la danse tout le monde la connait….

Mélanie Thierry : Ah oui, là tout le monde la connaît !