L'interview de Kate Winslet pour "Steve Jobs"

Kate Winslet pose avec le Golden Globe du meilleur second rôle pour sa prestation dans "Steve Jobs", le 10 janvier 2016
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Kate Winslet pose avec le Golden Globe du meilleur second rôle pour sa prestation dans "Steve Jobs", le 10 janvier 2016 - © FREDERIC J BROWN - AFP

Hugues Dayez a rencontré à Londres, Kate Winslet pour le rôle de Joanna Hoffman, dans le film "Steve Jobs", réalisé par Danny Boyle.

Hugues Dayez : Kate Winslet, je suis très heureux de faire votre connaissance. Ce n'est pas un biopic classique ; c'est un véritable drame divisé en trois actes. Est-ce là la raison pour laquelle vous avez été intéressée par le projet ?

Kate Winslet : Oui ! Lorsque j'ai entendu parler pour la première fois de ce film, c'était en réalité par l'intermédiaire d'une amie maquilleuse qui, je le savais, allait travailler sur le tournage de ce film, et avec laquelle j'avais déjà travaillé il y a un petit temps de cela en Australie. Lorsqu'elle m'en a fait le récit, je l'ai trouvé absolument incroyable, tellement unique dans la façon dont l'histoire allait être narrée...comme vous le dites bien, ce film se déroule tel une pièce de théâtre, en trois actes : le premier acte se passe en 1984, le deuxième en 1988, et le troisième en 1998. J'étais donc au courant qu'il allait s'agir d'un véritable challenge pour nous tous. Je savais que le fait de jouer le rôle de quelqu'un pendant ces 14 années cruciales de sa vie, ou encore, le fait de nous concentrer sur des moments vraiment intenses de la vie de Steve Jobs allait être juste extraordinaire. Et j'aime le fait que le film ne présente qu'un seul membre de sa famille, à savoir sa fille Lisa. Cela montre vraiment, à mon sens, certains côtés de Steve Jobs que nous tous, en tant que spectateurs, nous ne connaissions pas car il faut le dire, il était vraiment un homme pour qui il était réellement difficile de travailler ; c'était quelqu'un qui pouvait se montrer perfectionniste ou intimidant, mais en même temps, il était un père et il pouvait aussi admettre ses erreurs. Le personnage que je campe dans ce film, Joanna Hoffman, est la seule femme qui, au travail, parvient à lui tenir tête. C'était également le cas dans la réalité : à la différence de tant de gens à l'époque, elle ne se laissait pas intimider par lui. C'est réellement une personne extraordinaire. Elle est aussi très chaleureuse ; c'est sans doute grâce à cette qualité que les spectateurs du film peuvent voir un côté justement plus chaleureux de Steve Jobs aussi, et comprendre la façon dont celui-ci fonctionne. Cet aspect du film est très intense ; et je pense qu'il surprend aussi un peu. 

Comment crée-t-on un personnage tel que le vôtre ? Et je ne parle pas des dialogues qui sont évidemment brillants ; avez-vous dû rencontrer la personne dont vous jouez le rôle ? Avez-vous dû beaucoup lire à son sujet pour parvenir à le cerner ? En bref, comment trouve-t-on la vérité d'un personnage ?

Eh bien, le scénario est basé sur un roman, qui est lui-même écrit par Walter Isaacson, et que j'ai lu, mais, en réalité, le scénario du film est bien différent de l'histoire du livre ; par exemple, Joanna Hoffman n'est presque pas présente dans l'histoire de ce dernier. J'ai donc eu beaucoup de chance de pouvoir passer du temps avec la vraie Joanna Hoffman, qui est formidable. Nous avons toutes les deux été très précautionneuses quand nous parlions du personnage du film qui la représentait ; nous en parlions toujours à la troisième personne. En effet, alors que j'essayais de saisir le dialecte dans lequel elle s'exprimait, c'est-à-dire un mélange de polonais et d'arménien, et alors que j'essayais de rester fidèle à sa personnalité – car Joanna Hoffman est en réalité très chaleureuse, très forte, et même très drôle – elle partageait un certain état d'esprit avec Steve Jobs ; et comme je l'ai dit précédemment, ils s'entendaient vraiment très bien tous les deux, et elle ne le craignait pas du tout. Je voulais donc être certaine que je parvenais à rendre le plus fidèlement possible la personne qu'elle était. Il faut dire aussi que dans le film, elle travaille pour lui pendant 14 ans, alors qu'en réalité, ce n'était que pendant cinq ans. Je pense que son personnage est une sorte de mélange de plusieurs femmes très fortes qui étaient présentes dans la vie de Steve Jobs, mais qu'Aaron Sorkin a choisi de ne pas inclure dans le scénario. Il adore simplement Joanna, et c'est la raison pour laquelle il a voulu la placer dans l'histoire du film. 

Une dernière chose : je suis toujours tellement surpris : comment est-ce possible que des acteurs britanniques puissent jouer dans des films américains avec un style américain ? Il ne s'agit évidemment pas seulement d'une question d'accent ; je voudrais vous demander comment vous faites pour comprendre si bien cette culture pour parvenir à allier si bien les deux cultures à la fois ? 

Eh bien...d'abord, merci pour ce compliment ! A vrai dire, je l'ignore ; bon, en ce qui me concerne, il faut dire que j'ai vécu à New York pendant neuf ans et je pense que c'est ainsi que j'ai plus ou moins compris quelle était la sensibilité américaine, sans doute davantage en tout cas que la plupart des Britanniques le font déjà. En plus de cela, j'ai joué de nombreux rôles américains, et j'ai aussi beaucoup travaillé en Amérique ; c'est tout cela qui, à mon sens, m'a vraiment aidée. Mais les dialogues écrits par Aaron sont construits d'une telle façon qu'une grande partie du rythme du film se trouve dans les personnages même du film. C'est honnêtement brillant. Ensuite, Danny Boyle donna vie à tout cela. C'est surtout lui qui s'occupait de donner une certaine cadence au film en restant fidèle à l'esprit des dialogues, en leur donnant un ton, et ce tout en mettant en scène ceux-ci d'une façon très physique ; il y a beaucoup de marche, beaucoup d'échanges. Danny a aussi décidé la façon dont toutes ces scènes seraient bâties d'un point de vue logistique, et le lieu de leur tournage vu que le script d'Aaron ne rend compte d'aucun lieu de tournage des scènes. Cette décision incomba donc à Danny, à ses conseillers et aux acteurs avec lesquels il travaillait ; la collaboration pour nous tous a donc été très intense. C'est vraiment ainsi que Danny aime travailler. C'était donc une expérience tout simplement merveilleuse. 

(traduction Céline Boucher)