L'interview de Diane Kruger pour "In the Fade"

Diane Kruger
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Diane Kruger - © LAURENT EMMANUEL - AFP

"In the fade" est un film implacable, dur mais qui a la belle idée de nous offrir un autre point de vue sur cette actualité glaçante autours des attentats, celui des victimes, celui de ceux qui restent. Ce film est tout autant politique qu’intime car avant tout, c’est le parcours d’une femme en deuil que nous suivons. Et c’est en effet la plus belle prestation de Diane Kruger à ce jour, elle est déchirante.

L'interview de Diane Kruger

Diane, est-ce qu’on peut dire que ce rôle est un vrai cadeau pour vous ?

Diane Kruger : Oui.  Bien sûr, c’est un vrai cadeau.  En même temps j’avoue que depuis qu’on est à Cannes et qu’il y a eu deux attentats, ça m’a fait un peu bizarre de parler de ce personnage comme un film. Vous voyez ce que je veux dire.  Ça m’émeut beaucoup et en même temps forcément c’est un rôle qui m’a changée et qui, je pense, restera avec moi malgré tout pour la vie. 

C’est vrai qu’on allume la télévision, on lit les journaux, on voit attentats, bombes, morts partout, qu’est-ce que le cinéma peut apporter de plus dans cette actualité ?  Quelle est l’importance de l’art dans ce genre d’actualité ?

En tout cas, pour moi, la raison pour laquelle j’ai été attirée par ce film-là, c’est qu’on entend tellement d’horreurs sur les attentats que c’est devenu presque banal. Ça devient des chiffres, ça devient 100 morts, 22 morts, on voit des images terribles pendant 2-3 jours à la télévision et puis on passe à une autre horreur. Et finalement on entend peu ou rarement parler les gens qui restent, qui doivent vivre ou comment on peut vivre avec ça quand on perd tout.  L’empathie que je ressens pour mon personnage c’est quelque chose de vraiment profond.  Je pense que le film c’est ça. Fatih a commencé à écrire parce qu’il était fâché et en colère contre ces néo-nazis et la lutte des Turcs en Allemagne et finalement c’est devenu un film sur une mère, sur le deuil et sur le voyage de ce personnage.  C’est vraiment ça qui me touche le plus dans le film. 

Vous êtes quasiment de tous les plans, c’est un rôle intense, beaucoup d’émotion, j’imagine qu’on garde quelque chose de soi, que ça a dû être une expérience intérieure très forte.

Oui.  Franchement je ne suis pas sortie la même qu’en rentrant. En même temps j’ai l’impression que ça m’a libérée de quelque chose.  Je ne sais pas. Fathi c’est un metteur en scène, et je le savais, qui demande vraiment… enfin j’étais nue.  Je ne suis pas apprêtée, je ne peux pas me cacher derrière des choses qu’on met au cinéma, les costumes, je suis à cran tout le temps. 

Porter ce genre de deuil, ce genre de responsabilité aussi envers des personnes que j’ai rencontrées et qui ont vécu un tel drame, qui sont restées derrière, c’est une énergie qui est mise sur vous malgré, que je porte et que je ressens encore. 

Je n’ai pas pu travailler depuis.  Je n’ai pas pris un autre film.  Je ne recommence qu’en juillet à tourner.  Mais pendant 2 mois après je ne sentais rien, ça m’a vraiment personnellement touchée, ce film. 

Comment rentre-t-on dans la peau d’une maman qui perd tout ?  Est-ce que vous avez rencontré des gens ?  Comment avez-vous fait ?

Oui, j’ai beaucoup parlé avec des gens qui ont perdu des enfants, ou des maris, des proches, pas forcément que dans des attentats mais aussi dans des meurtres, des choses très violentes, et forcément en tant que femme, en tant qu’humain on peut se mettre dans la peau des personnes même si je n’ai pas d’enfant. Mais je ne sais pas, en tout cas j’ai l’impression que le plus de temps passait, j’ai mis 8 semaines à me préparer pour le rôle, tous les jours ça devenait plus facile et le premier jour de tournage j’avais l’impression que j’étais ce personnage.  J’étais Katja.  On tournait dans l’ordre, du coup des fois j’avais même l’impression de ne pas jouer parce que l’histoire se dévoilait à moi telle que le personnage le vit.  C’était presque… pas facile mais c’était une évidence.