L'interview d'Imelda Staunton et Celia Imrie pour "Finding your feet"

Imelda Staunton et Celia Imrie
Imelda Staunton et Celia Imrie - © RTBF

Le thème central de "Finding your feet" est la question : peut-on changer de vie à soixante ans ? Le film commence par une grande réception huppée dans un cottage très cossu : Sandra, riche bourgeoise, célèbre la mise à la retraite de son mari… Mais accidentellement, au cours de la party, elle découvre que celui-ci la trompe depuis cinq ans. Effondrée, Sandra quitte le domicile conjugal et part se réfugier chez sa sœur Elizabeth, qu’elle n’a plus vue depuis des lustres. Elle découvre chez sa frangine une réalité toute autre : celle-ci mène une existence bohème dans une banlieue pauvre de Londres. Elizabeth ne mène pas grand train, mais va réapprendre à Sandra quelques plaisirs simples de l’existence…

Dans cette délicieuse comédie aigre-douce, on danse, on chante, mais on aborde aussi des thèmes plus graves : la vieillesse, la maladie, la mort. Devant la caméra malicieuse de Richard Loncraine, un casting de haut vol : Imelda Staunton, Celia Imrie mais aussi Joanna Lumley et Timothy Spall. Tous ces fabuleux acteurs de composition s’amusent, et leur plaisir est terriblement communicatif.

 

L'interview intégrale en version originale d'Imelda Staunton et Celia Imrie

Traduction

Imelda, Celia, je suis très heureux de vous rencontrer, ici à Londres. Je vois ce film comme une comédie douce-amère car bien qu’il traite d’amour et de romance, il traite aussi de mort, de trahison et de maladie. Ce mélange vous semblait-il intéressant ?

Imelda : Quand j'ai lu le scénario, il était captivant ! Et le fait qu’il aille dans des directions inattendues rend cette histoire encore plus intéressante. C’est toujours intéressant quand il y a une composante humaine, évidemment, heureuse ou triste. Et ce film couvre tellement de dimensions, et nous transporte dans toutes sortes de situations, ce qui en fait un film brillant. Donc, ce fut très facile d’accepter le rôle. Puis, ça fait du bien de pouvoir danser.

Celia : Et tout ça sans effets spéciaux. C’est nous, les effets spéciaux. C’est un bon film bien divertissant sans tralala.

Imelda : Sans artillerie lourde !

Celia : C’est autre chose.

Vous avez joué dans The Best Exotic Marigold Hotel qui eut un énorme succès. Pensez-vous que cela a ouvert la porte (aux acteurs plus âgés) ?

Celia : Tout à fait, oui. Je pense aussi qu’une des stars du film était l’Inde car c’est un endroit si riche. Mais oui, je pense en effet, que son succès a encouragé les gens à faire appel à notre " caste ".

C’est assez paradoxal finalement car il existe aujourd’hui dans notre société d’un côté un certain jeunisme, avec le triomphe de la jeunesse dans la publicité, et de l’autre, une grosse partie du public qui aime se reconnaître dans les personnages de film.

Imelda : Qui ont plus de 23 ans. Oui, on veut tous pouvoir s’y reconnaître. C’est marrant parce qu’on parle des personnes âgées comme si c’était une autre espèce.

Celia : Nous ressentons la même chose.

Imelda : Oui, c’est vrai. Bon d’accord, tout le monde dit " je vieillis mais pourtant j’ai toujours l’impression d’avoir 25 ans. ". Ok, mais ça n’empêche qu’il faut faire des films sur ces personnes qui mènent des vies plutôt bien remplies. Ils peuvent avoir des problèmes, bien sûr, comme dans la vie de n'importe qui, mais avec l’âge c’est normal d’avoir mené des vies parsemées d’embuches. Et ce film traite justement de personnes faisant face à leurs problèmes et leurs propres démons et ceux d’autrui. Ton personnage doit faire face aux démons de mon personnage. Mais c’est réalisé avec beaucoup d’humour et de cœur.

Il y a aussi des scènes de danse fabuleuses. Comment expliquez-vous le pouvoir de la musique, du chant et de la danse dans la culture britannique ? Car malheureusement, nous n’avons pas cette même culture en Belgique ou en France, ce ne sont pas nos racines. Comment expliquez-vous que tous vos acteurs britanniques soient également musiciens et chanteurs ?

Celia : C’est très gentil de votre part. Je pense que si vous demandiez à un casting espagnol de danser, c’est encore plus ancré de leur culture. Je trouve qu’en général, les Anglais sont un peu trop réticents à l’idée de danser. Donc c’est plutôt un exploit de nous voir danser au milieu du Picadilly Circus par rapport à l’image qu’on renvoie souvent au reste du monde, une image un peu coincée. Donc, d’une certaine manière, on attaque plutôt ce cliché-là. Parce que je pense que ce sont plutôt les Écossais ou les Irlandais qui ont cet héritage spontanément plus dansant.

Alors, vous jouez deux sœurs qui ont été séparées par les accidents de la vie et par la "lutte des classes". Comment créez-vous un lien plausible à l’écran ? Le script suffit-il ou devez-vous inventer un passé à vos personnages ?

Imelda : Ce lien existait déjà d’une certaine manière, dans la mesure où Celia et moi, nous connaissons depuis tellement d'années, il y a une qualité de relation qui a fait que nous n’avons pas dû travailler là-dessus. C'est pour ça que nous avons cette familiarité sans devoir parler du passé de nos personnages car nous l’avions déjà personnellement, ce qui a rendu la tâche bien facile. Néanmoins, nos personnages ne s’étaient plus vus depuis dix ans donc on ne pouvait pas être les meilleures amies du monde dès la première scène. Mais il y a une connexion tacite.