Jessica Chastain et le monde mystérieux des lobbys

Jessica Chastain à la présentation de Miss Sloane
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Jessica Chastain à la présentation de Miss Sloane - © Robin Marchant - AFP

Miss Elizabeth Sloane (Jessica Chastain) est belle, ambitieuse, travailleuse acharnée et brillante au sein d’un cabinet de lobbying à Washington. Mais lorsque son patron s’apprête à mettre le cabinet au service des fabricants d’armes, Miss Sloane démissionne illico pour aller proposer ses services à un cabinet concurrent, prêt à la suivre dans son combat contre le lobby des armes à feu… Dans "Miss Sloane", John Madden parvient à créer un thriller politique de haut vol qui agite des questions on ne peut plus cruciales dans la société américaine aujourd’hui. Il est bien aidé par Jessica Chastain, qui apporte le charisme et la densité nécessaire pour ce rôle complexe et a priori antipathique. 

Interview

Le monde du lobbying est très complexe et mystérieux. Était-ce l’une des raisons pour laquelle vous vouliez faire ce film ?

Jessica Chastain : Ce métier était très mystérieux pour moi aussi, du moins avant que je lise le script. Je ne savais pas ce qu’était un lobbyiste. J’ai donc lu le livre de Jack Abramoff qui est un lobbyiste américain corrompu et qui a fini en prison. C’est un livre captivant sur sa vie, sa carrière, sur ce qui l’a amené dans ce monde du lobbying mais aussi sur ce qui l’a envoyé en prison. J’ai ensuite été à Washington et j’ai rencontré des femmes du milieu que j’ai suivi dans leur quotidien à Capitol Hill ; je suis allée à une collecte de fonds avec l’une d’elles. J’en ai beaucoup appris sur cette industrie, sur ce que cela représentait pour une femme de travailler dans ce domaine.

Le film est une fiction mais il reste très réaliste. De plus, les dialogues, qui sont très nombreux, sont parfois très techniques. Avez-vous répété tous ces dialogues ?

Non, nous n’avons pas eu de répétitions. D’ailleurs, le film a été tourné en seulement six semaines, le plus souvent sur place. En effet, la plupart des scènes de bureau ont été tournées dans un vrai immeuble et non en studio. On était donc soumis aux règles du bâtiment, aux horaires, donc c’était très difficile. Je me souviens d’une semaine où nous avons tourné 24 pages de dialogue dans ces bureaux. Mon personnage doit donner beaucoup de fait, elle explique à l’équipe ce sur quoi ils doivent travailler. C’était donc un tournage relativement intense. J’aurais bien voulu avoir des répétitions.

J’ai trouvé votre personnage très intelligent. C’est une accro au travail qui est surtout très froide. Comment avez-vous construit ce personnage ?

Je commence toujours avec le scénario pour construire mon personnage car on peut y trouver quelques indices, comme un détective. On lit le scénario, on relève certains détails et on essaie de développer ces aspects-là tout en respectant la vision du scénariste. Par exemple, quelqu’un lui dit qu’elle s’appelle en fait Madeline Elizabeth Sloane et elle répond que seule sa mère l’appelle Madeline. On comprend donc qu’elle a un problème avec sa mère. On glane donc tous ces indices, ces détails et notre job en tant qu’acteur est de remplir l’histoire grâce à ces détails. De fait, quand j’interprétais ce personnage, je la connaissais ; je savais d’où elle venait, quelle avait été son enfance. Je n’avais pas besoin d’en parler avec le réalisateur, je voulais garder certains secrets car c’est ce qui lie un acteur à son personnage : il connaît ses secrets. 

Le film aborde le sujet des lobbies mais aussi le débat que pose les armes à feu aux États-Unis. C’est un sujet très sensible et très important. Avez-vous peur de l’avenir dans ce domaine avec le nouveau président ?

Je ne pense pas qu’il y aura un quelconque progrès en matière de législation sur les armes à savoir le fait d’avoir un relevé des antécédents pour pouvoir se procurer une arme. Je pense que l’on va même en arrière. En effet, le gouvernement a récemment autorisé les personnes souffrant de maladie mentale sévère de se procurer une arme. Je pense que ce problème persistera aux États-Unis, que l’on continuera à en parler mais je garde espoir pour l’avenir, pour qu’un jour, un gouvernement accepte de se battre contre le lobby des armes à feu, même si c’est difficile. Ce jour-là, il y aura un réel progrès en matière de régulation des armes à feu. C’est quelque chose que les Américains attendent ; 74% de la population est pour un relevé des antécédents pour se procurer une arme à feu.

En tant qu’actrice, pensez-vous que vous avez une certaine responsabilité pour faire bouger les choses, que vous avez un rôle à jouer dans la société ?

Je pense que, qu’importe la profession que j’exerce, j’ai toujours mon mot à dire. Ce que je trouve génial aux États-Unis, c’est que le premier amendement prévoit la liberté d’expression pour tout le monde. Que vous soyez actrice, chanteuse, politique, institutrice ou caissière, vous avez le droit de parler de ce qui vous inspire, vous avez le droit de manifester, de parler au nom des minorités, de ceux dans le besoin. Je le ferais même si je n’étais pas actrice. Je voudrais exercer mes droits.

Robert Redford m’a dit un jour que la première fonction d’un film, c’était de divertir mais qu’on pouvait y intégrer un message. Partagez-vous cet avis ?

Je pense qu’avant tout, le film doit être un divertissement mais qui amène une certaine réflexion tout de même. On ne doit pas spécialement aimer chaque image du film mais j’aime jouer dans des films qui permettent aux gens de réfléchir. C’est ce qui est intéressant quand on travaille sur un projet. Cependant, je n’aime pas les films qui veulent seulement imposer un certain message.  Je préfère les films qui laisse la place au débat. Je pense que Miss Sloane remplit cette fonction que ce soit sur le sujet des armes à feu, que ce soit sur l’égalité des sexes en Amérique mais aussi dans le reste du monde, ce que cela représente d’être une femme ambitieuse et perfectionniste, d’être une dirigeante. J’aime les personnages féminins qui avancent à contre-courant, qui refusent de correspondre au stéréotype auquel on leur impose de ressembler. Je trouve cela passionnant de créer cela, mais je n’ai pas l’impression de donner un message clair dans mes films que les gens devront suivre sans réfléchir. J’aime présenter une histoire dont les gens auront envie de parler.  

L'interview intégrale en version originale