Jean-Pierre Bacri, l'éternel râleur du cinéma français

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- - © LOIC VENANCE - AFP

L’acteur, scénariste et réalisateur français Jean-Pierre Bacri est décédé, après un long combat contre le cancer. Il avait 69 ans. On se souviendra de son air renfrogné et désabusé qui collait si bien aux personnages qu’il interprétait.

C’est un visage et voix emblématique du cinéma français qui vient de s’éteindre. Bacri s’était imposé grâce au duo qu’il formait avec sa comparse de toujours, et ancienne partenaire à la ville, Agnès Jaoui, avec laquelle il écrira neuf films, entre 1992 et 2018. Il avait tourné avec Alain Resnais, Claude Berri ou Alain Chabat.

Issu d’une famille juive d’Algérie, il naît à Bou Ismaïl en 1951. Il se passionne pour le 7e art grâce à son père qui travaille le week-end dans une salle de cinéma. Arrivé en France en 1962 avec sa famille, il prend des cours d’art dramatique à Paris, mais c’est réellement l’écriture qui l’intéresse.

En 1977, il écrit sa première pièce de théâtre, Tout simplement, alors qu’il fait de petites apparitions à la télévision ou sur la scène.

Sa carrière cinématographique démarre en 1981, avec Le Grand Pardon d’Alexandre Arcady, où il incarne un proxénète. La première reconnaissance de l’industrie lui vient avec Subway de Luc Besson, où son rôle de policier taciturne lui vaut sa première nomination au César du meilleur second rôle en 1984.

En 1987, sa vie et sa carrière prennent un tournant majeur, puisqu’il rencontre Agnès Jaoui sur les planches. Ces deux-là ne se quitteront plus. Ensemble, ils écrivent leurs propres scénarios, avec un humour grinçant, pour le théâtre d’abord, puis le cinéma ensuite. Car Bacri est également homme de théâtre, avec sept pièces écrites et quinze jouées.

La consécration leur vient avec Cuisine et dépendances, comédie sur la bonne bourgeoisie parisienne, puis Un air de famille, adaptés de leurs propres pièces. Tous deux y tiennent les premiers rôles, en plus d’en être les scénaristes.

 

Indissociables du cinéma de Resnais (qui les surnommait "Jacri"), ils lui écriront deux de ses plus grands succès : Smoking/NoSmoking (1993) et la comédie musicale On connaît la chanson (1997) pour laquelle Bacri remporte son unique César du meilleur acteur dans un second rôle.

Des Césars, il en aura 4 autres, pour les scénarios et les adaptations signées du duo Bacri-Jaoui (Smoking/No smoking, Un air de famille, On connaît la Chanson, et Le goût des autres).

Homme de comédies, il apparaîtra dans la Cité de la peur des Nuls, tiendra le premier rôle dans Didier, avec un Alain Chabat déchaîné pour interpréter… son chien, et il participera à la production de Mission : Cléopâtre, où il double la cultissime et absurde scène du reportage sur la langouste.

Archive : l’interview de Jean-Pierre Bacri par Hugues Dayez, en 2012.

Agnès Jaoui, passée derrière la caméra, lui offrira encore un rôle marquant dans Le goût des autres, en 2000, film au succès international, nommé pour l’Oscar du meilleur film étranger, en plus de repartir avec le César du meilleur film.

Ses rôles bougons, Bacri semblait les emporter avec lui hors des plateaux, n’hésitant pas à "râler" devant les caméras des TV ou dans les médias.

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Moins présent sous les projecteurs durant les années 2000-2010, il renouera avec le succès en 2017 grâce à la comédie Le sens de la fête, de Nakache et Toledano. L’un de ses derniers rôles, l’année suivante, lui sera à nouveau offert par Jaoui, dans Place publique.