Helen Mirren et Ian McKellen, impérieux dans "The Good Liar" - l'interview

En Grande-Bretagne, ce sont deux légendes vivantes du théâtre et du cinéma. Ils avaient déjà travaillé ensemble sur les planches, mais c’est la première fois qu’ils se donnent la réplique dans un film, "The good liar".

Dans cette astucieuse comédie dramatique, Ian McKellen incarne Roy, un vieil escroc professionnel qui a trouvé une nouvelle proie en la personne de Betty – Helen Mirren – une riche veuve esseulée… Mais cette proie facile en apparrence va lui donner du fil à retordre.

En duo pour les interviews, la complicité entre ces acteurs d’exception est évidente…

Ian, Roy est clairement le méchant de l’histoire, mais il faut que le public ressente une certaine empathie pour lui. Comment travailler là-dessus ?

Ian McKellen : Eh bien, ces films-là sont les meilleurs parce qu’ils vous attirent en même temps qu’ils vous révulsent : vous ne savez plus trop comment vous positionner… Et il y a tellement de "twist" et de rebondissements dans ce scénario que vous n’êtes plus certain de rien, jusqu’à la fin ! Mais vous savez, ça, c’est la vie ! Les êtres humains sont des très bons comédiens ! Ils sont doués pour se déguiser, parfois avec leurs vêtements, parfois avec leurs attitudes, en ne présentant qu’une facette de leur personnalité, en fonction de leur interlocuteur ou de leur entourage… Et Roy est particulièrement doué pour ça ! (Se tournant vers Helen Mirren)  Mais c’est aussi le cas de ton personnage de Betty…

Helen Mirren : Oui, en fait, aucun des deux n’est ce qu’il prétend être, et ça fait partie du mystère de cette histoire. Mais vous savez, la raison pour laquelle les méchants font oublier leur caractère mauvais, c’est parce qu’ils sont charmants ! Ils sont attirants ! Ou charismatiques pour certaines personnes. Regardez les films avec Hitler : pour moi, il apparaît comme une espèce de fanfaron, ou comme un maniaque. Or, manifestement, pour le peuple allemand, à cette époque-là, il semblait dégager un énorme charisme, les gens l’adoraient ! Donc, souvent, le Mal… ou disons plutôt les personnages contestables s’en sortent avec leur charme, leur charisme.

Certains acteurs aiment se cantonner dans un seul genre de films dans toute leur carrière ; vous, vous aimez changer et vous avez le talent de vous réinventer dans chaque film ! Quelle est votre méthode pour y arriver ?

Helen Mirren : La méthode, c’est jouer la comédie ! Nous sommes des acteurs. Ça c’est le début et la fin de notre méthode.

Ian McKellen : C’est peut-être parce que nous avons tous les deux commencé notre carrière au théâtre, où on attend de vous de pouvoir changer de rôle, plus qu’au cinéma. Je sais bien que quand j’étais jeune, je n’avais pas envie qu’on me reconnaisse, je voulais être chaque fois différent ! Et je ressens encore cela aujourd’hui. Mais bien sûr, il y a d’autres acteurs qui jouent leur propre rôle ou le même personnage pendant toute leur carrière, ils sont des experts là-dedans, c’est pour ça qu’on les adore et qu’on les appelle des "stars" ! Et on ne veut pas qu’ils changent. Mais toi et moi, on aime porter des chapeaux différents, non ?

Helen Mirren : Oh oui, absolument ! Prendre des accents différents, changer sa voix… On aime disparaître derrière nos rôles.

Mais parfois, les producteurs n’ont pas d’imagination et veulent répéter une formule qui marche… Dans ce contexte, comment éviter la routine et garder l’enthousiasme ?

Helen Mirren : En fait, nous avons de la chance, tous les deux, parce que nous naviguons entre deux disciplines, entre le cinéma et le théâtre. Si vous regardez nos CV, vous constaterez cette alternance permanente entre des rôles sur les planches et dans des films. Et, en ce qui me concerne, dès qu’un travail de composition est derrière moi, je cherche un projet complètement différent. Si je joue la Reine – ce que j’ai fait – après, je vais aller dans "Fast and Furious" !! C’est une façon de me secouer !

Ian McKellen : Et on est très heureux de pouvoir faire ça ! Parce que tous les acteurs n’ont pas cette chance !

Helen Mirren : Oh non !

Ian McKellen : Mais bon, si j’avais obtenu un bon rôle, très jeune, dans un feuilleton de longue durée, et que je l’avais gardé pendant des années, c’est une carrière dont je pourrais aussi être fier !

Helen Mirren : Absolument !

Ian McKellen : C’est un autre genre d’accomplissement, mais c’est aussi ça, le métier d’acteur, bien sûr !