Guillaume Canet, l'interview intégrale pour "Mon Garçon"

Guillaume Canet, au micro de Céline Korvorst
4 images
Guillaume Canet, au micro de Céline Korvorst - © Tellement Ciné / RTBF

Pour "Mon Garçon", Guillaume Canet a accepté de tourner en seulement six jours, sans connaître le scénario. Aux côtés de Mélanie Laurent, il incarne le rôle d’un père dont le fils a mystérieusement disparu. S’entame alors une traque impulsive, chargée d’angoisses et de violences.

Céline Korvost l’a rencontré pour "Tellement Ciné", voici son interview intégrale.

Céline Korvorst : Bonjour Guillaume Canet.
Gillaume Canet : Bonjour.

 

Merci d’accepter de répondre à nos questions.
Avec plaisir.

 

Pour cette interview, j’ai eu envie de rencontrer plusieurs de vos facettes. Celles du film et les réelles facettes de Guillaume Canet. C’est pour cette raison que toutes les questions vont commencer par « en tant que… ». Première question : en tant que réalisateur, est-il facile de faire confiance à un autre réalisateur ?
Oui, ça dépend du réalisateur, de son travail, de son implication, de sa passion pour le projet. Ça dépend de plein de choses, mais effectivement c’est facile pour moi de faire confiance à un metteur en scène. Oui c’est sûr. Mais il faut que ce soit un bosseur.

 

En tant qu’acteur, jusqu’à quel point êtes-vous prêt à lâcher prise ?
Je n’ai pas de limite par rapport à ça. Encore une fois, ça dépend du projet. Et ça dépend de l’implication du metteur en scène. C’est-à-dire que pour donner beaucoup à un metteur en scène il faut que j’aie envie aussi de lui donner, il faut que le projet soit cohérent et que je me sente à l’aise dans ce que je raconte et dans ce que je fais, et en confiance. À partir du moment où je suis en confiance et que je suis passionné par le projet, je n’ai pas de limite dans ce que je peux donner.

 

En tant qu’acteur, étiez-vous à la recherche de défis pour vous lancer dans un tel tournage ?
En tant qu’acteur, je suis tout le temps en recherche de défis en fait. J’ai envie de projets intéressants, en tout cas originaux. J’ai envie de projets où je vais faire des choses que je n’ai jamais faites, ou alors de personnages que je n’ai jamais joués. L’originalité. J’aime les projets un peu fous et un peu originaux.

 

En tant qu’acteur, comment prépare-t-on un tournage comme celui-ci ?
Ce qui est très délicat, c’est qu’on ne le prépare pas puisqu’on n’a rien. Je n’avais pas de scénario, je n’avais aucune information. Les seules informations que j’avais concernaient le personnage, son nom, son prénom, sa profession, sa femme. Voilà, des informations pour que je puisse répondre aux interrogatoires, à la gendarmerie et tout ça. Et c’est là que je me suis rendu compte que ça m’avait servi d’apprendre ces informations, mais je ne savais rien d’autre, je ne savais pas ce qui allait se passer, ce qui allait m’arriver.

Comment s’est passé le tournage, en tant qu’acteur ?
Il s’est passé très bien. Je n’ai pas joué en fait, j’ai vécu une aventure de dingue pendant six jours. C’était comme un jeu de rôle en fait, j’étais projeté dans une histoire où je ne maîtrisais rien. Je ne faisais que vivre la situation. C’était très excitant pour moi. Je pense que c’était ma plus grande expérience cinématographique, de loin, c’était très impressionnant pour moi de me retrouver face à des émotions, à des sentiments, à des colères que je ne maîtrisais pas forcément, parce que je vivais les choses plutôt que de les jouer.

 

Est-ce que vous étiez à l’aise avec l’improvisation ? Est-ce que vous l’aviez déjà fait ?
Non, je n’avais jamais fait ça. Je me suis senti plutôt à l’aise, puisque la seule chose à laquelle je me raccrochais était la situation qu’on était en train de vivre. Je me disais que de toute façon le personnage, c’est comme dans la vie, on parle, j’ai parlé exactement comme je parlerais dans la vie face à des situations pareilles. Donc les mots viennent plutôt facilement. Ce qui est important par contre, c’est de se concentrer sur ce qu’on est en train de vivre et sur la situation pour ne pas lâcher le fil et pour être à l’affût. J’étais tout le temps sur le qui-vive pour essayer de savoir ce qui allait m’arriver.

 

Essayer de choper toutes les informations.
Oui.

 

Avec Christian Carion (réalisateur et scénariste du film, NDLR), nous avons parlé d’une scène en particulier, celle où vous rencontrez pour la première fois Olivier De Benoist, qui joue le compagnon de votre ex-femme. Comment s’est passée cette scène, dans votre tête ?
C’était très étrange. En fait, c’est l’une des seules scènes où je me suis arrêté en plein milieu, parce que je lui disais que je ne comprenais pas ce qu’on était en train de faire, parce que son comportement et sa manière d’être étaient très étranges pour moi, très suspicieux. Du coup je ne savais pas où on allait et ça a beaucoup amusé Christian qui me dit « non, continue, justement tu es sur la bonne voie ». Après, c’est parti comme c’est parti dans la scène, mais c’était assez déstabilisant pour moi, je ne m’attendais pas à autant de folie de sa part.

C’était comme un jeu de rôle en fait,
j’étais projeté dans une histoire où je ne maîtrisais rien.

En tant qu’acteur est-ce qu’on peut dire non au réalisateur ? Est-ce que vous avez refusé de faire quelque chose sur le tournage ?
Oui, plusieurs choses. Il y a des réactions qu’ils avaient prévues avec lesquelles je n’étais pas en accord. Des choses n’étaient pas crédibles selon moi, elles n’étaient pas faisables. C’est la magie, le grand talent de Christian, qui a réécrit au fur et à mesure et qui a changé des choses parce que je lui disais « non, je ne peux pas réagir comme ça, ce n’est pas possible ». Du coup, il a modifié des choses progressivement.

 

Il y a déjà eu d’autres films qui ont traité de ce sujet, celui du père qui recherche son enfant. Dans "Mon Garçon", vous êtes Julien, géologue, à la recherche son fils disparu. Dans votre tête, vous pensiez que vous alliez plutôt être Marin du "Monde de Nemo", qui cherche son fils, ou plutôt Jimmy dans "Mystic River" joué par Sean Penn ?
Je savais qu’on serait plutôt dans l’humeur de "Mystic River" plutôt que de "Nemo" [sourire].

 

Vous saviez que ça allait partir dans la violence ou vous avez découvert ça sur le tournage ?
J’ai découvert vraiment ça sur le tournage. Je ne savais vraiment pas ce qui allait se passer. Je ne savais pas ce qui allait m’arriver. J’ai tout découvert au fur et à mesure.

En tant qu’homme est-ce que vous comprenez la violence qu’utilise votre personnage pour arriver à retrouver son petit garçon ?
Oui. Bien sûr. Après elle ne juge en rien l’action de chacun. Je pense qu’on a chacun son caractère, on a chacun sa manière d’être impulsif, ou pas. Je pense qu’il y a des gens qui sont plutôt des suiveurs que des meneurs. Il y a des gens qui peuvent rester sans rien faire et faire confiance aux autres. Julien, c’est un type — en tout cas dans la manière dont il est décrit dans la feuille que m’avait donnée Christian —impulsif, plutôt un meneur, décideur, qui prend sa vie en main. Je ne le voyais pas rester sagement chez lui, enfin sagement, rester inquiet chez lui à attendre que les gendarmes lui donnent des nouvelles. Donc je savais que sa manière d’être et sa violence pouvaient être au rendez-vous.

 

En tant que père, vous pensez qu’on peut aller jusqu’où dans la violence ?
Je ne sais pas. C’est au cas par cas. Ça dépend de ce qu’on vit. Pour moi un père ne devrait pas être violent, déjà par définition, mais je ne sais pas, ça dépend des situations, ça dépend des histoires, ça dépend de plein de choses.

 

En tant que père, avez-vous été surpris par vos émotions sur le tournage ? On vous découvre assez violent. On sait que le film est improvisé, mais sans savoir à quel point c’est joué.
Encore une fois je joue une situation. Donc je joue un père qui essaie d’avoir des informations et qui se retrouve face à un type qui semble en avoir. Il a des éléments à charge vraiment contre lui, comme le duvet, tout ça. À un moment, il est face à ce type qui ne veut pas parler et il en devient violent. Je joue un personnage quand même. Ce n’est pas moi. Mais en tout cas, je me projette dans ce père et je m’imagine la frustration et la colère dans laquelle il peut se retrouver.

 

Avez-vous été surpris par la violence que vous avez dégagée ?
Non. Parce que je suis quelqu’un qui peut être assez impulsif. Non, ça ne m’a pas surpris.

 

En tant qu’homme, acceptez-vous maintenant de pouvoir jouer les papas ou doit-on s’attendre à Rock’n’roll attitude ?
Non, je suis prêt à jouer n’importe quoi à partir du moment où l’histoire tient la route et où ça raconte quelque chose qui me parle et qui parlera aux spectateurs. Je n’ai pas de retenue ou de blocage à l’idée de jouer telle ou telle chose.

 

En tant que père à qui conseilleriez-vous d’aller voir ce film ?
À tous. C’est un film dont je suis très fier. C’est un thriller. À partir du moment où vous aimez les thrillers et les histoires fortes, avec un rythme haletant, je vous conseillerais le film. Après si les gens veulent voir "Le Monde de Nemo", c’est sûr que je ne conseille pas le film !

C’était très excitant. Je pense que c’était
ma plus grande expérience cinématographique, de loin

Ça vous dérangerait si je vous posais quelques questions autour de vos goûts cinématographiques ?
Si vous voulez.

 

Quel est votre film préféré ?
"Il était une fois en Amérique".

 

Pourquoi ?
Parce que je trouve que c’est la maîtrise absolue de la mise en scène, de la direction d’acteurs, des décors, de la musique, des costumes, du jeu d’acteurs, de toute l’histoire qu’il y a autour du film, tout ce que ça raconte. J’aime beaucoup ce film.

 

Y a-t-il une scène en particulier que vous aimez dans ce film ?
Il y a énormément de scènes, je ne sais pas, il y en a beaucoup trop pour…

 

Quel a été votre plus grand choc cinématographique ?
Mon plus grand choc cinématographique ? C’est le film que je viens de faire. C’est "Mon Garçon". Je n’ai jamais vécu une expérience cinématographique pareille. Ça a été un vrai choc pour moi.

 

Quel est votre acteur, ou actrice, préféré(e) ? Celui que vous admirez le plus.
Je pense que c’est Daniel D. Lewis.

 

Dans quel film ?
Dans tous les films. C’est un génie absolu. Que ce soit dans "My Left Foot", dans "Au Nom du Père", dans "There Will Be Blood", il est extraordinaire.

 

Quelle est votre réplique culte du cinéma ?
Une des répliques cultes c’est Patrick Dewaere dans "Coup de Tête", quand il est mis à la porte de la prison, qu’il frappe sur la porte et qu’il dit « je reviendrai ». Ils le foutent à la porte de la prison parce qu’ils veulent qu’il aille jouer dans l’équipe de foot. Et lui, rien que pour les faire chier, il ne veut pas aller jouer au foot, il veut rester dans la prison. Donc il revient, il tape dans la porte et dit « je reviendrai ! ». Le gardien ouvre le verrou et lui répond « sûrement pas ! » Poum. Voilà.

Quel est le rôle que vous auriez rêvé interpréter, vraiment, celui pour lequel vous râlez de ne pas l’avoir eu ? Ça peut être un très vieux rôle, quelque chose d’impossible.
Je ne sais pas. Ça pourrait être Al Pacino dans l’"Épouvantail de Schatzberg".

 

Pourquoi ?
Voyez le film, vous comprendrez.

 

Quel film auriez-vous rêvé réaliser ?
C’est très délicat : quand on pense à ça, on pense aux films que l’on a beaucoup aimés. On les a aimés parce que c’était aussi les films des autres. Ça ne peut être que des films qui à la base étaient forts et qui auraient été ratés. Je ne sais pas. Je pense à film comme "Mon Garçon" par exemple — ce n’est pas pour faire de la promo et revenir dessus —, mais je pense que Christian Carion a fait preuve d’un sacré talent. Je suis tellement casse-burnes sur le détail, que tourner un film sur une prise, en six jours, aurait été impossible. J’aurais été dingue de ne pas pouvoir refaire une petite prise, ou de demander un autre truc, ou d’avoir un détail qui n’avait pas été dit… Je pense qu’il faut une abnégation de son travail et soi très forte. Et j’aurais aimé être capable de réaliser ce film-là comme il l’a fait.

 

Dernière petite question : y a-t-il une scène au cinéma que vous auriez vraiment voulu réaliser ? Une scène où vous vous dites « oh si j’avais eu l’idée ! » Ça peut être très contemporain.
C’est difficile de trouver comme ça, en deux secondes, une scène… Il y a les quinze premières minutes de "Ali" de Michael Mann.

 

Pourquoi ?
Encore une fois, voyez ce film… C’est comment allier la musique et la mise en scène, et c’est toute la présentation de Mohamed Ali, et de son entrainement, mixés, mélangés, avec des images de Sam Cook sur scène qui est en train de chanter. C’est une période musicale que j’adore. Le montage et la manière dont c’est filmé, et la boxe, Mohamed Ali qui se prépare. Il fait partie de mes héros en fait. L’ensemble fait que ça aurait été vraiment une scène que j’aurais rêvé de mettre en scène.

 

Merci.
Merci à vous.