François Damiens, l'interview pour "Des nouvelles de la planète Mars"

Des nouvelles de la planète Mars
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Des nouvelles de la planète Mars - © Michaël Crotto

François Damiens est à l’affiche du nouveau film de Dominik Moll intitulé " Des Nouvelles de la planète Mars ". Hugues Dayez a rencontré l’acteur qui nous raconte les secrets de cette comédie décalée et sa collaboration avec le réalisateur. Voici l’intégrale de son interview.

Hugues Dayez : Dans la mesure où c’est n’est pas l’adaptation d’un livre et que c’est une comédie, quand vous lisez un scénario comme celui-ci, est-ce que vous sentez tout de suite son potentiel ?

François Damiens : Je l’ai senti assez vite à la lecture. C’est très simple, quand je lis un scénario, si je le lis en trois ou quatre fois c’est que ce n’est pas bon signe. Celui-là, je l’ai avalé d’une traite. Moi, j’aime bien les histoires ordinaires. Et ici je trouve que c’est très contemporain, c’est la vie d’un homme de 40 ans, un peu comme moi, qui ne sait pas dire non et qui essaie de bien faire les choses. Comme il ne sait pas dire non, il se fait attaquer, façon de parler, de tous les côtés, par ses enfants, son ex-femme, son collègue de bureau, sa sœur, enfin un peu par tout le monde et il essaye de s’en sortir.

Ce n’est pas un vaudeville puisque le récit n’est pas rythmé par des déplacements frénétiques, c’est quelque chose de beaucoup plus retenu et d’ironique. Est-ce évident de trouver rapidement la bonne tonalité de jeu ?

On a eu trois semaines de répétitions avec Dominik Moll, le réalisateur. Il a gommé un peu tout chez moi : mon accent pour commencer et puis toutes mes mimiques. C’est une technique propre à lui, il nous a fait refaire les scènes 30, 35, 40 fois même, et on ne savait pas toujours pourquoi. Enfin, on ne savait même jamais pourquoi. Quand j’ai vu le résultat, je me suis trouvé lisse mais dans le bon sens du terme. Je pense souvent que dans un film, il y a des petites scènes qui m’échappent, je sens que je quitte un peu le personnage. Ici, on était tellement bridé que seul Dominik avait en tête une idée très précise de ce qu’il voulait faire et il ne l’a pas lâchée.

C’est un peu l’introverti contre l’extraverti en quelque sorte, puisque votre partenaire Vincent Macaigne a un rôle beaucoup plus énorme. Trouver la même tonalité de jeu, c’était difficile ?

Oui, ça je n’ai jamais réussi à la trouver. Ça m’a fait un peu peur pendant le tournage parce qu’il est vrai que Vincent ne jouait pas du tout au même rythme que moi. J’ai plusieurs fois été trouver le réalisateur en disant qu’il y avait un problème. J’avais l’impression que je pouvais aller aux toilettes pendant qu’il jouait. Il m’a répondu : " Fais-moi confiance ". Il a beaucoup travaillé pendant le montage. Ça ne se sent pas et justement ça sert le film je pense, le fait qu’on ne soit pas sur le même rythme du tout. C’est ça qu’il voulait.

Quand on tourne beaucoup de fois une scène de comédie, est-ce qu’on finit par s’user ? Ou au contraire on finit par s’abandonner et devenir de plus en plus naturel ?

Je pense qu’on finit par s’abandonner pour devenir de plus en plus naturel. Je n’ai pas l’impression de m’user. A certains moments, j’en avais assez parce qu’on ne savait jamais pourquoi on refaisait sans cesse les scènes et puis Dominik n’est pas quelqu’un de sensible à la flatterie. Ce n’est pas : " Oui c’est génial, on est occupé à faire une bombe… ! ". Il n’est pas du tout là-dedans. Quand on changeait de séquence c’était : " Bon, pas mal, on va faire la suivante ". Jamais rien de plus. C’était même parfois un peu frustrant mais d’un côté, c’est assez agréable aussi de ne pas être avec quelqu’un qui en fait des caisses, qui essaie de mettre ses acteurs en valeur et de les rassurer en permanence.

Vous n’êtes pas le seul Belge de l’aventure, il y a aussi Veerle Baetens qui visiblement aime bien jouer en français. A-t-elle trouvé facilement ses marques, qui plus est entre vous deux ?

Oui elle a été très vite à l’aise, mais Veerle a cette caractéristique des acteurs et actrices belges, vous n’avez pas affaire avec une actrice, avec tout ce qu’il peut y avoir autour. C’était très simple, très rapide, c’était vite très "copain-copain" et c’est un gain de temps incroyable. Il n’y a pas de bons jours, de mauvais jours, de difficultés, c’est direct. J’étais un peu comme elle, pas très sûr de moi, avec l’impression que l’on ne fait pas les choses correctement. Et Dominik ne nous rassure pas spécialement non plus. Mais à nouveau, tout ça reste très volontaire de sa part. Je me rappelle, pendant les répétitions je lui dis : "Attends une seconde, je prends juste un thé". Il me répond : "Non !". C’est sans doute un héritage de son côté germanique, je pense.

A vous entendre, on a l’impression qu’il y a d’une part un vrai plaisir de jouer, de découvrir des nouveaux personnages et d’autre part, que le monde du cinéma, les flatteries et les faux-semblants, cela vous énerve prodigieusement et vous restez à distance de cette atmosphère ?

C’est désagréable en fait. C’est presqu’un manque de respect de flatter trop souvent quelqu’un, comme on pourrait le faire avec une femme, lui répéter qu’elle est la plus jolie, la plus belle. C’est presque la considérer comme un objet. Quelque part ce n’est pas très honnête. Les Français, les Parisiens sont comme ça. Ils ont un côté un peu désabusé. J’ai l’impression que lorsqu’on est trop enthousiaste à Paris, on passe pour un beauf, tout semble nul, un peu dépassé : " Aller au spectacle c’est nul, aller au concert c’est nul, se promener dans un parc c’est con, tel resto est nul. T’as été dans cet hôtel-là ? C’est pourri ! ". Je ne veux pas perdre cette espèce d’enthousiasme non plus. Qu’est-ce qu’ils font à la fin ? C’est vrai, il n’y a pas un Parisien qui va vous dire que les César c’est bien, pourtant quand j’y vais, je m’amuse bien, sincèrement. Et tous ceux qui disent que c’est nul, ils restent quand même chez eux à regarder la télé toute la soirée. À un moment, il y’a un problème.

Vous devenez une figure très présente dans le cinéma français avec une critique qui est quand même très souvent positive. Comment parvenez-vous à garder les pieds sur terre dans ce milieu qui peut parfois être tellement déconnecté de la réalité ?

On est déjà bien informé avant de rentrer dans le milieu, on sait comment ça se passe. Et puis je pense que c’est toujours la même chose. Moi je fais mon métier, je vais tourner puis je m’en vais. Les gens que je côtoie dans le milieu sont des gens plus ou moins sains d’esprit. Mais c’est vrai que je ne vais pas aux inaugurations, je ne vais pas aux avant-premières, et je vais dans des lieux plus ou moins discrets et je fais ma vie. Ce week-end j’étais aux César, je suis parti avec les enfants et puis nous avons passé un week-end culturel à Paris. Parce que c’est vrai que passer le week-end à Paris après les César, si c’est pour parler toute la soirée de qui était habillé comment, ce qu’il a dit… quand on rentre chez soi le dimanche soir, c’est un peu creux quand même. Et heureusement, quand on est avec la vie, avec les enfants, quand on revient, on n’a pas l’impression d’avoir perdu son temps.

Il y a eu le drame " Les Cowboys ", pour lequel vous étiez nommé. Il y a cette comédie-ci en demi-teinte dont le tournage avec Domink Moll semble avoir été quelque peu austère. Comment choisissez-vous vos rôles ? Est-ce vraiment le scénario qui compte, ou bien ce sont aussi les rencontres ?

C’était difficile avec Dominik, mais s’il me propose à nouveau de tourner pour lui je n’hésiterai pas. C’est souvent comme ça dans la vie, quand on a le choix entre deux solutions, je pense qu’il faut toujours prendre la plus difficile et là je savais très bien qu’en m’engageant avec lui, ça allait être compliqué. Je dormais de 1h à 6h du matin et le reste du temps était consacré aux répétitions des textes, aux lectures, c’était intense, mais d’un côté, c’est ça qui est agréable aussi. Pendant 2 mois j’ai été déconnecté, mais c’est agréable. C’est du vrai travail. Sinon pour revenir à votre question, ça sent souvent bon un film ou ça ne sent pas bon. Déjà quand mon agent m’appelle, en général il y a déjà le producteur, c’est déjà un bon signe s’il est bon, le distributeur, le réalisateur évidemment, le scénario et puis les gens qui jouent dedans. En général, on a quand même quelques paramètres qui font que ça sent bon ou que ça ne sent pas terrible. C’est un peu comme un restaurant. Comme plein de trucs. Il n’y a pas besoin d’avoir roulé dans une Mercedes pour savoir que c’est une voiture fiable.

Vous avez encore l’impression d’apprendre beaucoup ?

Non. Je ne sais pas. Je ne me rends pas compte quand j’apprends ou quand je n’apprends pas. Je sais que quand je travaille, par définition j’apprends et que quand je ne travaille pas beaucoup, je n’apprends pas grand-chose. En fait ce qui est intéressant, c’est de travailler. J’aime bien être dirigé et puis à un certain moment, une fois que j’ai bien compris, j’aime être lâché, être en liberté dans un enclos ; c’est ce que je préfère. Ce que je n’aime pas, c’est être en roue libre. En général, ce n’est jamais bon signe. C’est que le réalisateur ne sait pas très bien ce qu’il veut, il vous fait confiance mais comme l’acteur n’a pas la vue d’ensemble, il se trouve devant une porte dont il ne voit pas la façade.

Dans vos caméras cachées, vous alliez déjà vers des choses très éloignées de vous, qui vous permettaient de franchir des limites. Est-ce que le cinéma signifie dans votre cas sortir de vous-même et éviter la lassitude de se retrouver avec finalement ses mêmes obsessions et ses mêmes…

Clairement, je vais toujours vers des rôles qui me font peur. Quand c’est trop proche de moi, en général ça ne me parle pas trop, j’ai l’impression en lisant le scénario que le film est déjà fait. J’aime bien quand ça fait peur, et quand je ne sais pas si je vais arriver à le faire et comment je vais m’en sortir.

Merci pour cette délicieuse franchise.