Christoph Waltz, de Quentin Tarantino à James Cameron

Christoph Waltz à la première d'Alita
Christoph Waltz à la première d'Alita - © DANIEL LEAL-OLIVAS - AFP

Christoph Waltz a été révélé il y a dix ans par son rôle de colonel SS dans "Inglorious Bastards" de Taratino, qui lui a valu le Prix d’interprétation au Festival de Cannes et l’Oscar du meilleur second rôle.  Il a remporté un deuxième Oscar en 2013 avec un autre film de Tarantino, "Django unchained" en 2013. Depuis, il a tourné avec Roman Polanski ("Carnage") Tim Burton ("Big Eyes")… Aujourd’hui, il incarne le Dr Dyson qui ramène à la vie une adolescente-cyborg dans "Alita". 

Rencontre

Traduction

Hugues Dayez : C’est une énorme production, très ambitieuse. J’ai une question simple pour vous. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce projet ?

Le fait que cela soit un film "pop corn", grand public qui va bien au-delà des limites habituelles du film grand public. Cela m’a directement intéressé.

Il y a une sorte de lien à la Frankenstein entre le docteur et ses créatures, n’est-ce pas ?

Ce n’est pas Frankenstein. Frankenstein électrise un cadavre. Dans notre histoire, un cerveau actif cherche un corps qui lui convient. Frankenstein déterre le corps et tente de lui redonner vie. Dans notre histoire, il y a un cerveau, un esprit et une vie d’un côté, et un corps qui les attend de l’autre. C’est l’union des deux qui enclenche tout.

Techniquement, le film que vous tournez n’est pas celui que l’on voit. 

Pas juste du point de vue technique d’ailleurs.

Il y a tellement d’images de synthèse, de postproduction, etc. Comment faites-vous pour imaginer le produit fini ?

Il y a deux ou trois choses. Premièrement, je ne suis pas tenu de voir le produit fini quand je commence à travailler en tant qu’acteur. Je dois jouer le rôle. Dans ce contexte, j’aime bien le mot "incarnation". Au début, c’est juste de l’encre sur du papier et puis il faut trouver le comportement que d’autres sauront lire. C’est ce que je fais dans un film indépendant à petit budget qui raconte une histoire très détaillée ou dans une grosse production qui nécessite beaucoup de postproduction technique pour devenir un spectacle de science-fiction. Pour moi, la différence est inexistante, même négligeable. Mais je ne suis pas d’accord de dire que l’aspect technique est le seul procédé de postproduction qui modèle et change un film. Cela se produit un peu dans la tête et dans le cœur. Ce qui est important, c’est l’histoire qui doit être racontée. La façon dont l’histoire est montée régit et définit le processus de postproduction.

Nous vivons des temps sombres et difficiles. Dans de nombreux films de science-fiction comme celui-ci, le futur est toujours plus sombre. Comment expliquez-vous ce parallèle ?

Je pense que la science-fiction est le genre parfait pour projeter notre crainte. Projeter, dans le cas d’un film, dans le sens littéral du mot. Cela a toujours été le cas. Même Georges Méliès, qui a envoyé un homme sur la lune, l’a fait atterrir dans les yeux de la lune. Et les scientifiques qui sont descendus de cette fusée ne comprenaient pas vraiment où ils étaient. La science-fiction est toujours un bon moyen de réfléchir sur notre monde, nos vies, notre temps. C’est la même chose avec Alita. Il n’y a pas de différence dans le sens où ce n’est pas la vision d’un avenir dystopique, mais la projection de notre inquiétude aujourd’hui.