Brad Pitt, l'amour du cinéma des années 70 et de la découverte – Interview

Brad Pitt à la 76e Mostra de Venise
2 images
Brad Pitt à la 76e Mostra de Venise - © ALBERTO PIZZOLI - AFP

Le seul Oscar que Brad Pitt a remporté dans sa carrière, c’est en tant que producteur du drame "Twelve years a slave". Avec sa société "Plan B", il vient de produire le nouveau film de James Gray, dans lequel il incarne un astronaute à la recherche de son père perdu dans l’espace.

Hugues Dayez a rencontré, en face-à-face, Brad Pitt à la Mostra de Venise.

Brad Pitt, ravi de vous rencontrer ici à Venise. Ce film est plein d’idées très intéressantes… J’aimerais savoir quel a été le point de départ pour vous ? Quel thème préfériez-vous ?

Brad Pitt : En fait, James et moi sommes amis depuis le milieu des années 90, et nous évoquions l’idée de travailler ensemble. Avec ma boîte de production, nous avons produit son film précédent, "The last city of Z", et il m’a parlé d’un scénario. Et en le lisant, il était clair pour moi qu’il allait détourner le genre de la science-fiction et aller dans des directions auxquelles nous ne sommes pas habitués. Mais en plus de ça, il allait disséquer l’ego, l’âme humaine, les raisons de notre présence sur terre… En réalité, c’est un film très intime qui parle de notre vulnérabilité, et aussi du manque de vulnérabilité, en ce qui concerne le personnage principal.

Avec votre statut de star, vous pouvez choisir la facilité en jouant dans des blockbusters. Au lieu de cela, vous choisissez de produire ce film et beaucoup d’autres projets originaux. Comment avez-vous opté pour cette ligne de conduite, cette philosophie ? Quand l’avez-vous décidée ?

Eh bien, vous savez, j’ai grandi avec le cinéma des années 70. Pour moi, cela reste la référence. Dans ces films, il y avait des personnages très complexes, pas clairement bons ou mauvais, et des histoires très compliquées. C’est là que réside mon amour du cinéma. Et pour faire exister des films comme ça aujourd’hui, il faut que je m’y investisse ! L’architecte Frank Gehry, qui est devenu un ami, m’a dit à notre première rencontre : " Si tu sais où un projet va aller, ça ne vaut pas la peine de le faire, c’est qu’il a déjà été fait ! " J’ai gardé précieusement cette phrase. Et quand nous nous sommes lancés dans "Ad Astra", nous ne savions certainement pas comment le projet allait se terminer, et combien il serait difficile à mener à bien.

Depuis vos débuts dans le métier, l’industrie du cinéma a complètement changé. Dans ce contexte, est-ce difficile de produire un film comme "Ad Astra" ?

C’est difficile de le faire, oui ! Dans le système actuel, je reste convaincu qu’il y a des films qui restent plus adaptés pour l’expérience du grand écran. Mais avec le streaming et les plateformes, on a vu arriver plein de projets originaux qui arrivent de nouveau à être produits maintenant ! A côté de ça, les films pour le grand écran sont devenus tellement coûteux, et surtout les campagnes marketing pour faire exister ces films, que les studios n’osent plus faire ces paris, c’est devenu trop risqué ! Ils se concentrent donc sur des gros films spectaculaires ou alors, si s’agit de film intimiste, ce doit être un tout petit budget. Alors, un film qui comme celui-ci combine l’intime et le spectaculaire, c’est rare ! Et sans la compagnie New Regency qui a accepté de parier sur nous, le film ne se faisait pas.

D’un point de vue personnel, quel est votre secret pour conserver votre enthousiasme et éviter de tomber dans la routine ?

Eh bien, je le réaffirme : en trouvant des sujets intéressants ! Pour moi, l’art et l’effort sont lié à la notion de découverte. Quand vous découvrez quelque chose de nouveau, ça c’est excitant ! C’est pour ça que je vous ai mentionné la phrase de Frank Gehry. J’ai envie d’aller vers des pistes où je ne sais pas où cela va me mener, où je ne connais pas encore les réponses.

Dernière chose, avez-vous appris des choses sur vous-même en tournant "Ad Astra" ?

Oh oui, certainement ! Vous savez, James et moi sommes à ce stade où nous nous interrogeons sur la définition de la virilité. Nous avons grandi avec les principes "ne montre pas tes faiblesses", "sois fort", "impose le respect" et ce genre de trucs… Et en fait, là où cela nous limite, c’est dans notre individualité, dans notre rôle de fils, d’amant, de père. Et c’est vraiment vers cette question que nous voulions aller avec "Ad Astra".

L’interview intégrale en version originale

La bande-annonce