Mon gras et moi

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gras - © gally

L’autobiographie dessinée d’une jeune femme en surcharge pondérale : de l’humour, de l’autodérision, un petit livre amusant ! Et intelligent…

 

Notre société est de moins en moins tolérante, n’en déplaise aux utopistes. Les regards que nous portons, toutes et tous, sur ceux qui nous sont différents sont rarement ceux de l‘empathie. Et dans ce livre, tout en assistant au quotidien d’une femme aux opulences évidentes, on se retrouve étrangement plongé dans sa propre existence, dans ses propres dérives, colères, désenchantements. Le tout avec, toujours, le sourire!

C’est de l’autobiographie, traitée par un dessin simple, tout en vivacité, et par un texte proche du langage parlé. C’est du récit au jour le jour d’une femme qui ne réussit ni à assumer ses kilos en trop ni à les perdre. C’est donc un combat sans fin qu’elle livre, à elle-même et au monde qui l’entoure, aux regards qui l’enserrent. Ce qui aurait pu n’être qu’un amusement graphique devient, par l’honnêteté qui sous-tend le propos de ce livre, la description sans aménité d’une existence tout en différences. Une femme grosse, grasse, dans notre monde, affiche ouvertement et involontairement son opposition charnelle aux canons de la beauté, et donc se sent, obligatoirement presque, laide.

Ce sont des scénettes qui se suivent, agrémentées de réflexions personnelles. C’est rythmé, ça aborde, en petites touches parfois désabusées mais pratiquement toujours souriantes, toutes les angoisses de cette héroïne dont les chairs ne réussissent pas à perdre leur abondance. C’est un regard acéré, également, porté sur une société qui aime les étiquettes, les moules dans lesquels placer les gens. Une société qui prône le culte de la normalité, et qui, vénale aussi et surtout, multiplie les " traitements " susceptibles de niveler les corps et les personnalités. Bien sûr, c’est de surpoids qu’il s’agit dans ce petit album. Mais au-delà de la simple anecdote, ce que réussit Gally, c’est à dépasser, justement, le simple propos anodin pour dresser le portrait d’un monde dans lequel le jugement est sans cesse porté sur la " différence ".

Ce n’est pas un livre philosophique, certes, mais c’est un bouquin qui, par le biais de l‘humour et de la simplicité, tant au niveau du trait que des mots utilisés, fait réfléchir à ce que sont nos regards portés sur les autres. On n’y parle pas de beauté intérieure, succédané stupide au mal-être, mais de la multiplicité de formes que devrait et pourrait prendre cette beauté.

" Mon gras et moi " a d’abord été un blog avant d’être un livre aujourd’hui réédité avec des pages supplémentaires, des planches redessinées également.

Et c’est, en définitive, un petit ouvrage bien sympa, bien agréable à lire, résolument ancré dans une réalité qui choisit l’humour et la tendresse comme chemins narratifs.

 

Jacques Schraûwen

Mon gras et moi (auteur : Gally – éditeur : La boîte à bulles)