Marina : tome 1. Les enfants du Doge

Marina : tome 1. Les enfants du Doge
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Marina : tome 1. Les enfants du Doge - © Tous droits réservés

Une plongée graphique dans Venise, entre passé et présent, entre légende et réalité, entre Histoire et fantastique…

Venise en 1342 : le Doge de Venise échange sa fille avec le fils d’un sultan, en gage d’amitié entre leurs deux cités. Mais les choses ne se passent pas du tout comme prévu, les pirates de Méditerranée capturant cette fille, Marina, et son jeune frère.

Venise, de nos jours : un scientifique cherche à percer le secret d’une épave sur laquelle est peinte une sirène maléfique.

D’un siècle à l’autre, c’est le personnage de Marina qui semble hanter l’histoire de cette cité mythique.

Il y a, bien entendu, l’histoire de cette fameuse Marina. Une histoire tout en violence, en révolte, en horreurs imposées. Une histoire qui la montre sacrifiée à des intérêts qui la dépassent et lui nient toute liberté. Les scènes qui la montrent prisonnière des pirates, vivant, sur une île perdue loin de tout, les atroces quotidiens d’une survie à la limite du possible, ces scènes sont racontées et dessinées avec un réalisme teinté d’un certain romantisme, étonnamment. Mais le personnage central de ce premier tome d’une série pleine de promesses, c’est, incontestablement Venise. Venise l’éternelle, Venise la merveilleuse, Venise l’intemporelle, Venise la mystérieuse.

Zidrou fait partie de ces scénaristes qui se révèlent incapables de se cantonner à un seul genre. Il passe ainsi, au fil de ses collaborations, de l’humour potache au polar le plus sombre, de l’évocation de la guerre 14/18 à celle de l’histoire des siècles passés, du réalisme le plus cru au fantastique le plus inattendu. Du fantastique, il y en a, ici, de manière latente, d’une façon qui, on le devine, va devenir de plus en plus présente dans les tomes suivants. Et pour accompagner ce scénario, pour en traduire, graphiquement, les mélanges entre réalité et imagination, entre passé et présent, il fallait sans aucun doute un dessinateur qui connaisse tout de Venise. Et c’est bien le cas de Matteo, dont le dessin, dans la filiation de gens comme Rosinski ou Manara, se révèle d’un réalisme évident, d’un réalisme qui privilégie l’expression, qui se nourrit de paysages, d’ambiances, de mouvements, pour créer des planches aux belles unités.

Un album de bande dessinée, pour atteindre à la réussite, doit bien entendu être le résultat d’une fusion entre plusieurs éléments : le trait, le texte, et la couleur. Et la couleur, dans Marina, est vraiment un élément moteur du plaisir pris à la lecture de ce livre. Matteo y fait la preuve d’une virtuosité qui se met au service des paysages, des lieux et des personnages mis en scène, mais aussi à celui de l’histoire racontée, qu’elle soit celle de Marina ou celle de Venise.

Marina est le personnage clé de cette série, on le devine. Elle est celle autour de laquelle se balancent, tels des pantins, tous les autres personnages. Ses soumissions, ses enfermements la rendent encore plus libre, peut-être, d’être et de devenir elle-même. Et on ne peut qu’avoir envie de la voir évoluer, d’en découvrir tous les secrets et toutes les magies. Vivement, donc, le tome suivant !

 

 

Jacques Schraûwen

 

Marina : tome 1. Les enfants du Doge (scénario : Zidrou – dessin : Matteo – éditeur : Dargaud)