Les filles du Cahier volé, exposition de photographies de Leonardo Marcos

Les filles du Cahier volé
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Les filles du Cahier volé - © © Leonardo Marcos

Le 11 octobre dernier, la Galerie Emilie Dujat a accueilli Régine Desforges pour le vernissage de l’exposition du photographe Leonardo Marcos. Photos issues de leur collaboration, pour le livre "Les filles du Cahier volé".

L’écrivain – première femme éditrice – est toujours aussi rousse et a un peu froid ce jeudi. Scandaleuse, flamboyante, sulfureuse sont souvent les adjectifs qui la précèdent. Ce soir-là, un peu taiseuse, observatrice, elle est tout autant accompagnatrice que protagoniste de l’exposition. « Les filles du Cahier volé » relate son histoire et celle de Manon. Le photographe Leonardo Marcos touché par le récit autobiographique de cet épisode marquant de sa jeunesse, a voulu « s’exprimer visuellement sur cette histoire, sans pour autant illustrer les faits ».

 

1951, Montmorillon, Régine est amoureuse de son amie Manon, elles font l’amour et elle le confie à son journal. Journal révélé sur la place publique par un admirateur éconduit, avec une mise à l’écart de l’adolescente, marquée au fer rouge par cette révélation. La bloquant des années durant, dans son envie d’écrire.

Le photographe est allé à Montmorillon et au travers des prises de vues de 2 jeunes filles, réincarnant Manon et Régine, a retracé sa vision voire ses sensations de l’histoire. Amour entre filles, révélation de l’intime, humiliation, violence sourde…apprentissage douloureux de la liberté. Les photos ont ce côté éthéré, inachevé de l’adolescence, à l’obscurité extrêmement lumineuse, troublantes et innocentes à la fois. Mystérieuses. Et trouvent parfaitement leur place en cette galerie célébrant la sensualité dans l’art.

 

L’ancienne galerie Libertine - ayant désormais pris le nom de sa fondatrice, Emilie Dujat - se consacre à l’art sous divers support : peinture, photographie, littérature….et plus qu’exposer des œuvres célébrant la nudité, l’érotisme ou une sexualité débridée, la galerie revendique un état d’esprit. Libertin, libre penseur, affranchi.

 

Rien de choquant pour la vue ni pour la morale, les photographies reflètent surtout une esthétique presque nostalgique. Il est par contre étonnant voire révoltant de constater à quel point cette histoire serait aujourd’hui, encore probable. Parce qu’en ces temps de sexualité surexposée, d’instants de vie savamment mis en scène sur la toile au travers des facebook, twitter et autre Instagram, nous révélons plus qu’acceptons.

Et nos révélations, orchestrées de la sorte, ont rarement la saveur et la radicale authenticité, des vérités déversées par les jeunes filles dans la désuétude de leurs journaux intimes. Elles épousent généralement l’air du temps, des conventions, qu’on nous fait croire plus tolérantes et nous poussent parfois dans des certitudes qui ne nous appartiennent pas.

 

Le photographe Leonardo Marcos souligne qu’au-delà de l’aspect marginal de la révélation d’une sexualité différente, il y a aussi l’histoire d’une discrimination. Celle d’une beauté trop affirmée, d’une féminité émergée trop tôt, d’un trouble que sa vue provoque et lui échappe… et je crains que là aussi, nous n’ayons pas tellement progressé.

 

Cela dit, aucune question sociétale n’émane dans la contemplation de ces photographies ou dans la lecture du livre reprenant ces images et le récit croisé de l’histoire par Manon et Régine.

 

Il reste le trouble, le sentiment d’injustice,  le constat de beauté inclassable et que loin de s’y brûler les ailes, Régine Desforges a poursuivi sa route. Avec défiance.

 

Stéphanie Etienne

En pratique

Galerie Emilie DUJAT

Rue Ernest Allard, 22

Bruxelles

http://lapetiteusine.org/galerielibertine.be/fr/expositions

Exposition « Les filles du cahier volé » et « Images publiques – Images privées » Photographies poèmes de Leonardo Marcos et de l’écrivain Catherine Robbe-Grillet

Du 24 octobre au 17 novembre 2013