Hôtel Particulier

Hôtel Particulier
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Hôtel Particulier - © Tous droits réservés

Un album remarquable, poétique, fantastique, au graphisme somptueux : à ne rater sous aucun prétexte !

Ce que j’aime dans la bande dessinée, c’est qu’elle est multiforme. Traditionnelle ou innovante, populaire ou intellectuelle, vite lue ou longuement savourée, elle est faite de tellement d’univers différents les uns des autres qu’elle nous permet, à nous les lecteurs, de nous aventurer sans cesse dans des mondes nouveaux.

Ce que j’aime dans la bande dessinée, c’est que, de temps en temps, elle offre des albums inclassables, des albums qui, dès le premier coup d’œil, réussissent à se différencier totalement des modes quelles qu’elles soient.

Et " Hôtel Particulier " fait incontestablement partie de ces objets artistiques que l’on peut identifier comme importants. Guillaume Sorel, scénariste et dessinateur de ce livre, a un style graphique reconnaissable entre tous, son travail au lavis revêt une perfection, dans " Hôtel Particulier ", qui attire tout de suite l’attention, l’intérêt, le plaisir. A une époque où bien des dessinateurs dessinent " comme… ", il est réjouissant de croiser la route d’un artiste qui se singularise avec un talent époustouflant.

Guillaume Sorel, ainsi, est le résultat de bien des influences qui font de son style un style à part, un style résolument personnel. Il est aussi le résultat de bien des plaisirs pris, tout au long de ses âges, à lire, à voir, à écouter, à découvrir. Et ce plaisir, ces plaisirs pluriels qu’il a vécus, il en fait, dans " Hôtel Particulier ", le partage avec ses lecteurs, tout au long de références qui sont comme des jalons placés sur les chemins de l’intrigue, du récit. Des références littéraires, comme " Alice au pays des merveilles ", des références graphiques aussi, comme la découverte, au hasard d’une vignette, d’un dessin que l’on reconnaît comme étant de Rops ou de Hugo.

L’histoire que nous raconte Sorel ressemble à ces recueils de nouvelles qui paraissaient chez Marabout, signées de gens comme Thomas Owen, Jean Ray, ou, mieux encore, Gérard Prévot. Une jeune femme se suicide, par dépit amoureux. Et loin de disparaître de l’existence, elle en devient un fantôme, que personne ne voit ni ne devine à l’exception d’un chat. Et elle continue donc à survivre, en se baladant d’un appartement à l’autre de l’immeuble où elle a vécu, où elle est morte. Elle y croise, elle y observe plutôt des personnages variés, qui, tous, ont leur part de mystère, leurs secrets bien calfeutrés entre quatre murs.

C’est donc un livre appartenant au genre littéraire du fantastique que nous livre Sorel. Un fantastique qui n’occulte rien de ce que peuvent être l’angoisse, l’horreur, l’amour , mais qui se conjugue essentiellement au quotidien. Un fantastique qui devient, au bout de la plume de Sorel et au plus profond de ses phrases, un outil remarquable et remarquablement utilisé.

Le fantastique, source de poésie… La poésie, présente en chaque instant, dans cet ouvrage qui, au-delà même de la seule intrigue " extra-ordinaire ", plonge, avec intelligence, dans ce que sont les rapports humains, les rapports amoureux, les rapports que tout un chacun peut avoir avec lui-même et ses proches.

C’est donc un livre qui foisonne, qui file dans tous les sens sans jamais se perdre, sans jamais nous perdre, nous les lecteurs. C’est un album envoûtant, intelligent, un de ces livres qui font de la bande dessinée un art à part entière et qui, donc, ne peut qu’avoir une place de choix dans votre bibliothèque !

 

Jacques Schraûwen

Hôtel Particulier (auteur : Guillaume Sorel – éditeur : Casterman)