Wayne Shelton : 13. Vendetta

Vendetta
4 images
Vendetta - © Dargaud

Une série classique qui suit son petit bonhomme de chemin, sans faire d’éclat, peut-être, mais avec une qualité constante. De la bd à l’ancienne, en quelque sorte, et d’une réelle efficacité ! Une chronique où entendre le dessinateur Christian Denayer.

Wayne Shelton, cheveux poivre et sel, regard arrogant, prestance très " macho ", aime la vie, les jolies femmes, l’argent, et, surtout, l’aventure…

Plus mercenaire que détective privé, il aime se glisser dans des univers glauques où l’âme humaine, bien souvent, se révèle plus sombre que l’enfer.

Dans ce treizième volume, il accepte d’être payé par un des pontes de la mafia pour retrouver sa petite-fille, disparue, à sa naissance, il y a quarante ans. Une enquête qui va le mener de pays en pays, de surprise en surprise, avec un sens de l’éthique qui lui est très personnel !

Christian Denayer n’est pas un nouveau venu dans la sphère du neuvième art. On lui doit bien des séries qui, toutes, eurent un beau succès : Yalek, Les Casseurs, Alain Chevalier, Génération Collège…

Appartenant à la vieille école de la bande dessinée, et le revendiquant à la fois dans son graphisme et dans le choix de ses scénarios, on peut, sans se tromper, dire de lui qu’il est un auteur " classique ". Mais dans le sens non-péjoratif du terme, tant il est vrai que son dessin, dont la filiation avec Tibet est évidente et, elle aussi, pleinement assumée, tant il est vrai que son graphisme répond à une volonté première : celle de la clarté.

Il faut qu’une planche se lise sans accroc, de façon linéaire, il faut qu’un dessin ne cherche pas à surprendre mais seulement à montrer.

Denayer n’est pas le dessinateur des effets spéciaux, ce qui ne l’empêche nullement de faire preuve de virtuosité, toujours, dans sa manière d’aborder le réalisme d’un mouvement, d’un échange de regards, d’une lutte entre personnages…

Cette volonté de clarté amène également Denayer à accorder une importance capitale aux décors. Et dans cet opus 13, bien des lecteurs belges, par exemple, s’amuseront à retrouver des lieux qu’ils connaissent, comme l’aéroport de Zaventem, ou l’hôpital Saint-Pierre dans les années 60.

Tout cela sert d’abord et avant tout à rendre plausible et presque tangible l’histoire qu’il nous raconte, une histoire due à Jean Van Hamme.

Un scénario qui se construit à force de hasards organisés, un scénario qui, comme presque toujours chez Van Hamme, s’intéresse beaucoup plus au pouvoir et à l’argent qu’à l’humain. Il aime multiplier les personnages, et heureusement que Denayer parvient, par ses constructions, par son dessin, à leur donner un peu d’existence en dehors du manichéisme élémentaire de Van Hamme. Un Van Hamme qui, même quand il s’essaie, comme dans cet album-ci, à un certain romantisme, ne peut jamais le faire que de loin, et en remettant vite le fric à la place du sentiment…

J’ai toujours apprécié le dessin de Christian Denayer. Et vous aurez compris que je suis beaucoup moins fan des scénarios de Van Hamme qui me semblent à chaque fois très vite s’essouffler et se faire répétitifs. Je sais que je vais choquer bien des lecteurs en disant cela, mais j’assume cet avis, tout comme Christian Denayer assume son amitié avec son scénariste.

Et cet avis qui est le mien n’empêche nullement le fait que je prenne plaisir à suivre les aventures de Wayne Shelton, une bonne série d’aventure qui ne cherche pas d’alibi culturel, qui se lit et se dessine sans doute comme se créaient, dans les années  50 et 60, les grands films hollywoodiens qui emmenaient leurs héros aux quatre  coins du monde pour des aventures épiques et animées.

Il faut parfois zapper dans les dialogues, les explications écrites, comme dans les vieux albums bd des années 40 et 50, pour apprécier pleinement le rythme d’une histoire dessinée.

Et le sens du rythme, incontestablement, Christian Denayer l’a !

 

Jacques Schraûwen

Wayne Shelton : 13. Vendetta (dessin : Christian Denayer – scénario : Jean Van Hamme – couleur : Bertrand Denoulet – éditeur : Dargaud)