"Trou Zombie" : impression, soleil couchant

"Trou Zombie" : impression, soleil couchant
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Une bande dessinée dessinée comme un carnet de bord plein de sensations et d'anecdotes, drôle et empreint d'auto-dérision qui rend hommage à un pays envoûtant, Haïti.

 

Quand Grégoire Carlé et Sylvestre Bouquet entreprirent leur voyage à Haïti, ils ne se doutaient pas du dépaysement qu’ils allaient subir. Les deux amis strasbourgeois ont atterri un peu par hasard à Jacmel, une ville jumelée avec leur capitale alsacienne dans le cadre d’une résidence artistique. En quête de mysticisme et d’expériences vaudou, Grégoire et Sylvestre ont choisi l’ancienne colonie française pour poser leurs crayons et raconter leur périple. Mais ici, rien ne semble se passer comme prévu : les deux compères sont des bêtes de foire montrées du doigt, la chaleur est tonitruante et les hallucinations sont davantage causées par l’eau-de-vie locale, le clairin, que les rites vaudou. Grégoire et Sylvestre deviennent alors leur propre expérience fiévreuse et semblent souffrir du syndrome du voyageur” (un trouble psychique généralement passager que rencontrent certaines personnes confrontées à certains aspects de la réalité du pays visité selon Wikipédia).

 

“Trou Zombie” est le nom donné à un lieu-dit près de Jacmel, qui concentre toutes les frustrations de nos deux protagonistes. L’endroit est sensé être un lieu mystique mais quand Grégoire et Sylvestre y sont amenés, l’expérience divinatoire retombe comme un soufflé sur l’autel de l’attrape-touriste. Tour à tour, les deux amis vivent un désenchantement dans une petite ville où la nuit est sans cesse repoussée par la cacophonie musicale diffusée par des enceintes posée sur la chaussée, où des hommes rodent tels des morts-vivants autour des maisons et où les coqs combattants sont garants du lever du jour. 

 

“Trou Zombie” n’a rien d’un carnet de bord touristique mais il s’agit plutôt d’un journal impressionniste dans lequel Grégoire Carlé et Sylvestre Bouquet décrivent le quotidien de deux blancs à Haïti. Avec une bonne dose d’autodérision, ils semblent avoir capté l’essentiel : Haïti n’a rien à voir avec les idées reçues et doit se vivre pour se laisser apprécier. La bande dessinée à deux mains qui en ressort est une ode à ce pays étrange au double faciès, un peu brinquebalant, enchevêtré, secret mais à la population profondément attachante à l’image de leur guide Jean-Félix. Ici, la chronologie n’est pas respectée mais il y a une bonne raison à ça, une raison culturelle.

 

Quelle est la meilleure manière de raconter une histoire ? À la façon Haïtienne : on commence par le milieu, on termine par le début et au milieu on a qu'à raconter n'importe quoi.

 

“Trou Zombie” de Grégoire Carlé et Sylvestre Bouquet

L’Association

Parution le 23 janvier 2018