Silas Corey : Le Testament Zarkoff 2/2

Silas Corey
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Silas Corey - © Glénat

Fin d’un deuxième cycle pour Silas Corey, personnage ambigu, aventurier, espion, flic privé : un scénario fouillé, un dessin qui se fait épuré !

C’est en Bavière que nous retrouvons, dans cet album, Silas Corey. Toujours à la recherche de l‘héritier de la Mère Zarkoff, cette femme qui était à la tête d’un trafic d’armes à travers le monde entier.

Une recherche qui s’avère de plus en plus ardue, puisque l’Allemagne, à peine sortie des affres de la première guerre mondiale, a toutes les peines du monde à se reconstruire. Et elle le fait en empruntant des voies qui, déjà, en annoncent d’autres, sous le signe d’une pureté raciale née d’une mythologie pour le moins douteuse, celle du Dieu Wotan.

Les personnages créés par Fabien Nury, le scénariste, ne sont jamais d’une seule pièce. Ils sont toujours également profondément ancrés dans les remous de la grande histoire.

Ici, il se penche sur la période de l’entre-deux-guerres, ce moment où tout pouvait être possible et où seul l’horreur a réussi à jaillir des ruines d’un monde en déliquescence, à l'image des "gueules cassées", aussi présentes des deux côtés de la frontière de la victoire, à l'image aussi des progrès médicaux nés sur le terreau de la douleur humaine.

Silas Corey n’a rien d’un salarié de la politique. Aventurier, il a des réactions qui deviennent politiques, certes, au sens large du terme, mais qui sont d’abord humaines. Personnage froid, lointain, exprimant au minimum ses émotions, il balade sa carcasse dégingandée dans cet album avec une nonchalance qui peut devenir violence, avec un éloignement qui peut se transformer en réactions brutalement assumées.

Pour accompagner le scénario de Nury, Pierre Alary a choisi d’épurer quelque peu son dessin, de le rendre moins réaliste, dans ses mouvements comme dans ses angles de vue, pour qu’il devienne, en un certain sens, "expressionniste".

La transmission des émotions au travers du graphisme n’est jamais chose aisée, mais Alary parvient, avec un héros qui, justement, n’exprime ses sentiments, ses sensations qu’avec parcimonie, à ce que ses attitudes, ses gestes, ses présences physiques, charnelles, deviennent l’expression-même de ce qu’il est, profondément.

Le rapport, ici, entre son dessin et le scénario de son complice Fabien Nury est évident : pour faire vivre ses héros et anti-héros dans ce monde qui cherche, entre deux guerres, à se reconstruire, il fallait un graphisme sans tape-à-l’œil, mais proche à la fois des décors et des personnages. Des décors, aux aussi épurés, et qui rythment de bout en bout cette histoire plus que sombre : résolument noire !

De nos jours, et il était temps, la qualité de la colorisation des albums devient de plus en plus importante. Les coloristes se font des vrais partenaires des dessinateurs et scénaristes, pour créer des ambiances et des lumières qui deviennent, elles aussi, révélatrices du récit, qui en rythment les péripéties, les silences, les explosions, toutes les réalités... 

Et dans cet album-ci, Bruno Garcia a, sans aucun doute possible, ajouté à la réussite de l’histoire racontée grâce à ce qu’on pourrait appeler un sens du mouvement au travers de la couleur, de part en part de ce livre attachant.

Silas Corey peut pécher parfois par un scénario quelque peu touffu. Mais sa carrure d’anti-héros, à la Arsène Lupin ou à la Rouletabille, permet au lecteur de ne jamais se perdre dans le récit. Et Nury, comme toujours, est un raconteur d’histoires dont le talent s’affirme au travers de l’Histoire majuscule et de ses méandres les plus humainement épouvantables !

 

Jacques Schraûwen

Silas Corey : Le Testament Zarkoff 2/2 (dessin : Pierre Alary – scénario : Fabien Nury – couleurs : Bruno Garcia – éditeur : Glénat)