Sangre : 1. Sangre la Survivante

Sangre
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Sangre - © Soleil

Dans cette chronique, écoutez Arleston parler de ce livre, une histoire de vengeance, de vie, de mort, d’enfance meurtrie, dans de superbes décors d’héroïc-fantasy !

Sur la route qui mène à la cité, toute une famille se fait tuer. Ne survivent qu’une petite fille, Sangre, et un chien-loup qu’elle retrouvera bien plus tard.

Les tueurs sont au nombre de huit. Huit personnages que Sangre, les années passant, va poursuivre de son besoin de vengeance.

A partir de ce canevas, on aurait pu imaginer une histoire racontée dans un cadre réel, dans un monde connu où l’enfance blessée se construit et se dépasse au feu des éléments qui la bousculent. C’était d’ailleurs l’idée du scénariste, Christophe Arleston. Mais finalement, c’est dans l’univers de l’héroïc-fantasy que le dessinateur Adrien Floch l’a poussé… Et, ma foi, au vu du résultat, il a eu bien raison !

Les univers inventés par Arleston et son dessinateur permettent, en effet, bien des libertés, bien des métaphores, aussi, et bien des références, littéraires et cinématographiques. La force d’Arleston et Floch c’est de réussir à créer un univers (des univers, plutôt…) qui, pour totalement imaginaires qu’ils soient, sont parfaitement plausibles, à partir du moment où le postulat de base est accepté, à savoir qu’on se balade dans un monde de magie et d’improbable…

Mais le ton de ce récit, lui, reste ancré dans un évident réalisme. Le thème du passage de l’enfance à l’âge adulte peut et doit parler à tout le monde. Et la voie choisie par les auteurs pour en parler est celle du sérieux. On se trouve presque, finalement, dans un roman noir perdu dans un univers imaginaire !

Tout le livre est rempli par la personnalité et la présence de Sangre, le personnage central et essentiel. Bien sûr, d’autres personnages vivent et existent, mais tous, ou presque, restent secondaires. Et ce parti-pris permet au récit de faire encore mieux ressentir les dérives et les rêves de Sangre, ses désillusions et ses espérances, toute son évolution qui, de l’enfance meurtrie va la conduire à l’adolescence bafouée, et de l’adolescence à l’âge adulte tout de colère.

Mais nous sommes dans un album d’imagination, aussi, et Sangre, pour survivre et se révéler à elle-même, possède un pouvoir qui lui offre la possibilité de défier le temps !

Sangre, dans son évolution dans les rues de la cité, peut faire penser à du Dickens, parfois. Mais un Dickens quelque peu pervers qui finirait par faire de David Copperfield un adulte sans pitié.

Le thème de la vengeance, ténu au début de cet album, puis de plus en plus présent, lourd, pesant, n’est pas sans rappeler bien des romans, à commencer par " Le Comte de Montecristo ".

Parce que si Sangre est l’axe de cet album, et de ceux qui vont suivre, elle l’est aussi et surtout par la puissance de son sentiment de vengeance. Un sentiment qui finit par se muer en extrême violence. Une violence que le dessin de Floch rend à merveille, une violence qui fait de cette héroïne un être humain étrange, difficile à cerner, et qui pousse le lecteur à se poser des questions sur ce qu’est l’existence quand elle ne se nourrit plus que de haine.

Cela dit, la bande dessinée, c’est quand même aussi, et d’abord même, du dessin !

Et dans ce Sangre, ils s’y sont mis à plusieurs pour nous offrir le cadeau d’un album qui ressemble à un film hollywoodien aux moyens démesurés ! Le graphisme d’Arnaud Floch est très personnel, même si on peut le situer entre Crisse et Dany, à certains moments. Et j’aime sa manière de faire vivre et bouger les personnages, en privilégiant ici leurs mouvances de corps, là les expressions de leurs visages.

J’aime aussi la beauté des décors, des mille environnements dans lesquels on voit vivre Sangre.

J’aime enfin la couleur qui illumine cet album de la première à la dernière page, participant pleinement à l’attrait de ce livre, à l’intérêt qu’on peut (et doit…) lui porter.

Même si vous n’êtes pas fans d’héroïc-fantasy, mais que vous aimez la bonne bd, bien faite, bien construite, véhiculant des réalités et des questions pratiquement humanistes, humaines en tout cas, vous ne pourrez qu’aimer ce premier album d’une série dont j’attends déjà la suite avec une vraie impatience !

 

Jacques Schraûwen

Sangre : 1. Sangre la Survivante (dessin : Adrien Floch et Fred Blanchart – scénario : Christophe Arleston – couleurs : Claude Guth – éditeur : Soleil)