Panorama de la BD Chinoise: une exposition au CBBD jusqu'au 9 septembre 2018

panorama de la bd chinoise
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panorama de la bd chinoise - © cbbd

Une exposition atypique et ambitieuse, dans le cadre du superbe " Centre Belge de la Bande Dessinée ", à Bruxelles !

La Chine reste pour le monde occidental, à bien des niveaux, un pays fait de mystère, d’ombres, voire même d’incompréhensions plurielles proches, parfois, de la confrontation.

Mais il est un langage qui, lui, et depuis toujours, reste universel, et c’est celui du dessin. La communication humaine, au-delà des langages, des langues, des cultures, peut, au travers du graphisme, se faire concrète. Et donc humaniste...

Et depuis les débuts du vingtième siècle, dans ce qu’on peut appeler un art graphique universel, la Bande Dessinée occupe une place de choix, c’est évident.

Cette exposition, ce "panorama de la bande dessinée chinoise", vient donc à son heure pour faire découvrir aux lecteurs européens un neuvième art qu’ils ne connaissent pas encore. C'est une exposition qui ne fut pas facile à orchestrer, puisque deux " commissaires " ont collaboré à sa construction, un Chinois et un Belge. Leur éloignement, géographique comme idéologique sans doute, n'a pas empêché cependant Jean-Claude De La Royère, le commissaire belge, de pouvoir contourner les difficultés et, faisant preuve de liberté, de nous montrer, avec un vrai sens didactique, l’importance, dans la bande dessinée, de la grande Histoire de la Chine.

Alors qu’en Occident les premiers éveils du neuvième art se sont tout de suite axés sur l’amusement, le délassement, l’humour aussi, très souvent, les origines de la bd chinoise sont à chercher dans d’autres domaines : ceux de la caricature, ceux du dessin de presse, ceux d’un regard sur la société et ses remous. La petite histoire de la bande dessinée chinoise, ainsi, a suivi et suit la grande Histoire de la Chine!

Et parmi les bd qui furent les premières, peut-être, à être diffusées partout à travers la Chine, il y a l’invention d’un personnage absolument extraordinaire, San Mao. Il s’agit d’un gosse des rues, un " Ketje " ou un " Titi ", à qui il arrive des tas d’aventures quotidiennes et muettes qui pourraient être dramatiques mais qui toutes font sourire. Même si ces sourires sont souvent crispés ! Et ce personnage se révèle emblématique de l’évolution de la société chinoise au fil des années, au fil des idéologies et des politiques suivies dans ce pays immense…

Oui, il n’y a pas que la bd franco-belge, il n’y a pas non plus que les comics américains. Il y a aussi la bd venant d’Asie.

Bien sûr, tout le monde connaît, et depuis pas mal de temps, la bd japonaise et ses mangas. Trop souvent, il faut bien le reconnaître, stéréotypés !

On connaît aussi, mais moins, la bd coréenne, proche des mangas japonais avec ses MANHWAS, mais plus construite, moins caricaturale le plus souvent.

Chez les Chinois, les livres de bande dessinée, on les appelle les " MANHUAS ".  Et il y a, chez les artistes chinois, une double volonté qui dépasse la narration que nous connaissons chez nous ou au Japon. D’une part, il y a une volonté esthétique qui amène ces auteurs à plus pratiquer ce que nous appelons, nous, de l’illustration que de la bd bien découpée… Et d’autre part, il y a un besoin, dans le dessin, de poétiser le quotidien, un besoin qui, issu de l’histoire même de la culture chinoise, pousse les auteurs à privilégier la sensation à l’aventure…

Il est vrai qu’on ne connaît pratiquement pas, chez nous, ces fameux " MANHUAS ".  

D’abord, sans doute, parce que le marché chinois est suffisamment grand pour satisfaire auteurs et éditeurs.

Ensuite, parce que la bd chinoise n’est pas toujours, rarement même, construite à l’européenne, avec des cases, des bulles, une construction narrative linéaire et immédiatement accessible.

Et cette exposition nous permet de découvrir réellement cette bande dessinée que l’on connaît si peu. Elle nous montre des originaux fabuleux, anciens et modernes, et elle trace, avec intelligence et didactisme, un beau portrait de cette bd chinoise qui mérite vraiment d’être reconnue. Et, espérons-le, mieux diffusée de par chez nous qu’elle ne l’est actuellement !

 

Jacques Schraûwen

Panorama de la BD Chinoise: une exposition au CBBD jusqu'au 9 septembre 2018