Ô vous, frères humains

Ô vous, frères humains
2 images
Ô vous, frères humains - © Futuropolis - 2016

« Si ce livre pouvait changer un seul haïsseur, …, je n'aurais pas écrit en vain »

 

1905, Le jour de ses 10 ans, le petit Albert se promène près d’un marché.  Attiré par le bagout d’un camelot vendeur de détachant miracle, il s’approche.  L’homme le voit et l’apostrophe : " Toi tu es un youpin, je vois ça à ta gueule ".  Albert se fige alors que résonnent sur la placette les rires des badauds.  Il vient pour la première fois d’être confronté à la bêtise et à la veulerie des hommes.  S’enfuyant, il se retrouve soudain dans un monde ou tout lui paraît n’être que haine et incompréhension.

 

Fallait-il avoir été confronté en direct à la violence et à la haine pour adapter le livre d’Albert Cohen ?  Peut-être, toujours est-il que Luz –l’un des survivants de Charlie Hebdo- après son très personnel Catharsis rempile pour cet album poignant et quasi-muet d’une force difficilement descriptible.  Tout au long ou presque de l’album on assiste à l’errance du jeune Albert dans une ville familière qui lui devient tout à coup hostile.  Si l’histoire contée par l’auteur remonte à plus de 110 ans, elle garde une actualité effrayante au regard de la montée des extrémismes divers et des enseignements de l’Histoire.

Un récit fort, porté par le dessin seulement constitue un défi artistique que Luz réussit avec brio.  La plongée dans les souvenirs du personnage principal alors qu’il a 77 ans pourra perturber les habitués de la BD classique mais la performance réalisée par le dessinateur vaut largement la peine d’un effort de lecture.  Il conclut l’album sur l’évocation par Cohen des camps de la mort dans un texte puissant à l’écriture originale.

 

En bref : un album coup de poing sur la perte de l’innocence

 

Ô vous, frères humains par Luz d’après Albert Cohen chez Futuropolis

 

Denis MARC