Ninn : 1. La Ligne Noire

Ninn
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Ninn - © Editions Kennes

Le métro parisien, une adolescente en quête d’identité, des pensées perdues, un tigre de papier : voilà les ingrédients de cette série naissante aux évidentes promesses, tant au niveau du scénario que du dessin !

Ninn, bébé, a été recueillie sur un chantier de métro par deux ouvriers. Les années passent, la voici presque adolescente, et les questions sur son identité commencent à la tarauder. Questions qui vont la mener dans un univers parallèle, en compagnie d’un tigre de papier…

C’est Jacques Sternberg, en son temps, qui disait que tout avait déjà été écrit. Il avait même publié un livre reprenant le thème de Romeo et Juliette, traité de plusieurs manières différentes : sf, fantastique, érotisme, etc.

Dans la bande dessinée, il en va de même, en quelque sorte, et ce qui fait la qualité d’un album, c’est la manière dont ses auteurs abordent un scénario, la façon dont ils assument leurs influences, l’art avec lequel ils réussissent à ouvrir de nouvelles portes imaginaires , l’intelligence avec laquelle ils réussissent, finalement, à nous offrir, à nous lecteurs, quelque chose de profondément neuf, dans le regard, dans la construction, dans le dessin.

Jean-Michel Darlot, le scénariste, nourrit ainsi son scénario de ses lectures, nombreuses, et il est vrai que l’histoire qu’il nous raconte rappelle ici Peter Pan, là Alice au pays des merveilles, mais aussi une certaine forme de réalisme magique à la Johann Daisne.

Et tout cela crée un ton résolument personnel, tant dans le récit lui-même que dans le rythme de la narration, que dans l’existence, au-delà du papier, du personnage central, Ninn, petite fille en adolescence, à la recherche de son identité. Un personnage, comme bien d’autres dans ce livre, d’ailleurs, dont les " failles " nourrissent la profondeur, la véracité.

Du côté du dessin, Johan Pilet avoue, lui aussi, des influences, mais qui se révèlent plus des références. Il y a du manga dans le travail sur les expressions des visages, sur l’épure des mouvements aussi. Il y a du comics à l’américaine dans la construction du livre, dans la présence de pages exclusivement illustratrices.

Mais, tout comme son scénariste, Pilet dépasse ces bases graphiques et réussit à créer un univers qui lui est propre.

Un univers dans lequel le réalisme laisse peu à peu la place à un fantastique, d’abord simple et serein, ensuite réellement débridé, un univers dans lequel la poésie est omniprésente, elle aussi. Comment ne pas souligner, par exemple, l’existence poétique dans les couloirs du métro, de papillons qui ne sont que l’émanation devenue vivante des pensées des foules qui, chaque jour, se pressent sous terre ?...

J’ai beaucoup aimé ce livre, j’ai beaucoup aimé sa construction, l’histoire qu’il nous raconte, le rythme que le dessin réussit à imposer au récit. Un dessin qui, dès l’abord, est lisible par tout le monde, sans effets inutiles, un dessin qui s’ancre dans la réalité pour mieux nous l’offrir transformée, " sur-réalisée " !...

Entre quotidien et surréalisme, entre réalisme et fantastique, entre poésie et regard sociologique, voici un début de série plus que prometteur ! Vivement la suite !

 

Jacques Schraûwen

Ninn : 1. La Ligne Noire dessin : Johan Pilet – scénario : Jean-Michel Darlot – éditeur : Kennes)