Les enfants de la Résistance : 5. Le Pays Divisé

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les enfants de la résistance - © Le Lombard

Il y a ceux qui résistent, il y a ceux qui collaborent, il y a ceux qui attendent. Et il y a l’enfance qui, inexorablement, vieillit…

Cette année, le Prix Rossel va également couronner une bande dessinée ! Et parmi les sélectionnés, il y a ce livre intelligent et prenant…

Intelligent, parce qu’il évite tout manichéisme. Cinquième volume d’une série qui nous montre des enfants amenés à devenir résistants totalement anonymes, ce " Pays Divisé ", en effet, réussit à dresser une galerie de portraits qui, pour la plupart, ne sont ni blancs ni noirs…

Vincent Dugomier aime tous ses personnages, ou presque, et il parvient à nous attacher à eux, également. A nous faire participer à leurs émois, à leurs angoisses, à leurs doutes aussi.

La facilité eût été, certainement, de nous montrer les méchants Allemands face aux bons Français ! Mais l’honnêteté et le respect, simplement, de l’Histoire telle qu’elle s’est vécue, voilà ce qui amène les deux auteurs de ce livre à ne pas cacher le fait que toute guerre, de quelque côté que l’on se trouve, engendre sa part de barbarie.

Les actes de résistance de nos trois enfants pouvaient, pour eux et pour les lecteurs, ressembler à un grand jeu. Il n’en est rien, et ils se découvrent responsables de bombardements alliés et de représailles, sans l’avoir voulu, rien qu’en se voulant résistants !

Dans cet épisode, nous sommes en 1942, et la France, désormais, va être totalement " occupée " par les Allemands.

Nous sommes en 1942, et, comme le disait Renaud, il n’y a pas beaucoup de Jean Moulin. Et cohabitent ainsi en France des gens qui résistent, des gens qui collaborent, et des gens qui attendent. Et qui, donc, espèrent

Cette série nous parle, de la résistance, celle vécue pendant cette guerre mondiale que l’on continue d’année en année à commémorer. Avec une phrase que je me permets de mettre en exergue : " C’était ça la résistance. Nous étions appelés à faire plus, toujours plus " !

Mais le fait de prendre comme héros de cette résistance des enfants ne doit rien au hasard, bien entendu. D’abord parce que, historiquement, la chose est avérée. Ensuite, parce que l’enfance, ainsi mise au centre d’une réalité de vie et de mort sans cesse mêlées, et un moteur narratif qui permet à Dugomier de dépasser ce qui, autrement, pourrait n’être qu’une anecdote héroïque de plus.

Au-delà de l’amitié qui lie, profondément, les trois personnages centraux, axiaux, de cette série, il y a cette nécessité qui est la leur de vieillir, sans le vouloir, parce que la vie qu’ils ont choisie, ou qui les a choisis, le veut ainsi… L’enfance s’estompe, l’adolescence est là, l’âge adulte fait plus que se deviner. Dans le dessin comme dans le scénario, le temps se marque aux visages, aux gestes, aux mots de chacun, de chacune. Et cette année 1942 est un peu, pour ces trois personnages, la fin d’une enfance volée… Être adulte, c’est ne plus jouer, c’est avoir conscience de ce qu’entraînent les actes que l’on fait, c’est découvrir l’amour, le désir, la jalousie. Et comme le dit un des trois amis : " J’avais oublié de m’amuser " !... Douloureuse prise de conscience...

Le dessin de Benoît Ers, tout en rondeur, accompagne parfaitement un récit qui se construit d’abord et avant tout à taille humaine, à taille d’adolescence. Et même si le propos devient plus adulte, avec une Lisa qui, de plus en plus, occupe la place centrale de l’intrigue, même si la violence devient extrêmement présente, avec la mort en contrepoint des espérances et des combats, ce livre n’est jamais voyeur, ni dans le texte, ni dans le dessin.

Un texte qui, pour alléger le poids de l’Histoire, aime poser, ici et là, des références, des petits signes que le lecteur s’amusera à décoder… Ne parle-t-on pas de trio amoureux, comme dans Jules et Jim ?... Ne parle-t-on pas aussi, en filigrane, de jeux interdits ?... Et croiser, quelque part, au détour d’une page, l’espiègle Lili, c’est un peu comme un clin d’œil au passé, également, de la bd…

Mais la base même de cette série, et de cet album-ci encore plus, cela reste la résistance. Et là, les ponts entre l’hier et l’aujourd’hui sont évidents. Résister, c’est se battre contre l’émergence de la peur, c’est se vouloir accéder à la liberté, celle d’être, celle de penser, c’est vouloir créer une société où tout remettre à plat, où être bien né ne donne pas ou plus de privilège… Une société, peut-être, sans lignes de démarcation, sans murs…

Cette série est véritablement une série pour tous les publics, une série d’albums qui, sous le biais d’une aventure parfaitement maîtrisée, tant au niveau du dessin, de la couleur, que du scénario, peut être lue dès dix ans. Une série sans aucune mièvrerie, une série sans temps morts, une série, en outre, parfaitement fidèle à la grande Histoire de cette guerre superlative qui continue à influencer notre présent.

Et il me faut aussi, ici, souligner la qualité " simple " du dossier pédagogique qui termine ce livre, et qui parle de liaisons radios, de ligne de démarcation, entre autres…

 

Jacques Schraûwen

Les enfants de la Résistance : 5. Le Pays Divisé (dessin : Benoît Ers – scénario : Vincent Dugomier – éditeur : Le Lombard)