Les Enfants De La Résistance : 2. Premières Répressions

Les enfants de la résistance
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Les enfants de la résistance - © Le Lombard

J’avais ici dit  tout le bien que je pensais du premier opus de cette série. Je ne peux, aujourd’hui, qu’accentuer mon commentaire, en saluant cette série comme intelligente, didactique sans être pesante, et lisible à plusieurs niveaux différents !

Dans le premier volume, nous avions laissé Lisa, Eusèbe et François dans leur petit village idyllique. Idyllique, oui, mais occupé par les Allemands, au début d’une guerre dont ils ont très vite compris toute l’horreur à venir.

Et ces enfants, pas encore adolescents, s’étaient lancés dans les premiers soubresauts d’une résistance active.

Dans ce deuxième opus, pas question pour eux de baisser les bras face au racisme, face à des attitudes que toute leur enfance presque perdue refuse. Seulement, ils comprennent que, enfants, ils n’ont pas tous les moyens dont ils rêvent,  dont ils ont besoin, pour résister véritablement. Et c’est donc sous l’identité secrète de " Lynx " qu’ils vont, peu à peu, mettre à contribution des adultes de leur entourage. Et découvrir ainsi que la réalité ne peut qu’ouvrir des portes sur l’inacceptable des répressions les plus horribles.

Destinée à tous les publics, cette série, plus encore dans ce deuxième volume que dans le premier, se doit d’expliquer les choses au-delà du récit, de les raconter, certes, mais en leur apportant une vraie lumière historique.

En lisant cette aventure dessinée, il m’est arrivé plusieurs fois d’avoir l’impression de me replonger dans certains romans de mon enfance, de mon adolescence. Ces romans pleins d’ " Idéal ", de bons sentiments, mais, en même temps, d’un réalisme parfois extrêmement cruel.

Les personnages qui sont les héros de cette série sont bien évidemment d’abord et avant tout des enfants. Des enfants perdus dans une réalité qui devrait les dépasser mais, qui, tout au contraire, les transfigure, en les poussant à jouer à un jeu dangereux, celui de la vie et de la mort…

Ce qui est étonnant dans cette série c’est qu’elle est basée, en partie du moins, sur des faits historiques avérés. Vincent Dugomier a rencontré, pour construire son scénario, des adultes qui furent des enfants résistants. Et la qualité de son scénario est vraiment d’avoir réussi à reproduire l’ambiance d’une époque, à la fois dans la vie telle qu’elle est montrée et décrite, et à la fois dans les textes, dans les dialogues, dans les réalités quotidiennes. A cette époque-là, on ne parlait pas de " faire son deuil ", même quand un enfant voyait son père mourir. Il fallait se débrouiller, il fallait " prendre sur soi ", il fallait réussir à se reconstruire, avec l’aide de ses proches, avec l’appui de l’amitié.

Le scénario de Dugomier, même s’il fait preuve parfois de raccourcis narratifs un peu trop attendus, ne manque ni de consistance, ni de linéarité, ni d’intelligence sereine dans l’approche qu’il a des différents personnages.

Son but est de pouvoir être lu et apprécié par un public jeune sans pour autant délaisser les adultes. Et ce but est totalement atteint. Grâce aussi, surtout peut-être, par le dessin tout en rondeurs de Benoît Ers. On lui devait, dans un style graphique similaire, l’envoûtant " Hell School ", récit d’adolescence et de fantastique tout en cruautés plurielles. Ici, son trait se fait moins symbolique, il s’attarde plus à la réalité de ce qu’il veut nous montrer, nous révéler. Ce qui fait qu’on peut, comme Dugomier, parler d’un graphisme " gros nez " mêlé d’une nécessité réaliste évidente !

Prix des collégiens au festival d'Angoulème 2016, " Les enfants de la Résistance " réussit à nous parler d’héroïsme sans manichéisme, parvient à nous faire découvrir une époque à travers des regards inattendus.

Dans ce livre, dans cette série, il y a de l’émotion, de la tendresse, de l’horreur, il y a de l’universalité, aussi, il y a un monde qui se détruit pour, peut-être, mieux renaître, il y a une enfance à la poursuite d’elle-même dans un univers où les valeurs perdent leur sens.

Il y a, en fait, une belle métaphore sur ce qu’est notre monde !...

 

 

Jacques Schraûwen

Les Enfants De La Résistance : 2. Premières Répressions (dessin : Benoît Ers – scénario : Vincent Dugomier – éditeur : Le Lombard)