Les curieux fantasmes SM de l'abominable monsieur Seabrook

L’Abominable Monsieur Seabrook
4 images
L’Abominable Monsieur Seabrook - © Presque Lune - 2018

Portrait d’un explorateur/journaliste cannibale et alcoolique.

 

Y a-t-il personnage plus curieux que le très authentique et très oublié William B. Seabrook ?  Né en 1884, il devient très tôt journaliste, puis fondateur d’une agence de pub et explorateur.  Réellement intéressé par les mœurs des populations de " sauvages ", il va écrire plusieurs romans sur ses expéditions.  Faisant le forcing pour être introduit dans des cérémonies vaudoues, il introduira le terme de zombie dans la culture occidentale.  Plus tard lors d’une expédition en Afrique, il affirmera avoir consommé de la viande humaine.  Ça, c’est pour la partie la plus visible de l’iceberg.  Car derrière le journaliste se cache un personnage plus sombre.  Alcoolique invétéré, homme à femmes, il pratique le bondage, enchaînant sous prétexte de recherche scientifique des filles dans sa grange ou son grenier avec l’approbation plus ou moins franche de ses différentes épouses.  Il rencontre des artistes et écrivains de son temps avec lesquels il développe une fascination souvent réciproque, mais aussi des personnages sulfureux comme le très étrange Aleister Crowley surnommé l’homme le plus malsain du monde.  Il finira par se suicider en 1945, imbibé d’alcool et de médicaments.

 

Comment Joe Ollmann a-t-il découvert ce personnage et pourquoi a-t-il décidé de lui consacrer un pave de 320 planches ?  Mystère.  Peu importe, le travail réalisé est véritablement impressionnant et remet en lumière un auteur complètement oublié alors même qu’il fut en son temps un auteur à succès.  Découpé en chapitres reprenant les étapes de la vie de son personnage, il parcourt la lente descente aux enfers -l’alcool aidant- du journaliste.  Malgré la noirceur du bonhomme, on ne peut nier la fascination qu’on éprouve pour lui à la lecture de l’album.

Avec ses planches presque exclusivement en découpage en 3 par 3 et ses plans serrés, Joe Ollmann réalise un album difficile à lâcher.  Très sombre, dans des teintes de noir et de gris, il parvient a créer une intimité avec Seabrook malgré la répulsion que devrait susciter un personnage aussi autodestructeur que lui.

 

Bref : un album fascinant à l’image de son " héros "

 

TITRE : L’Abominable Monsieur Seabrook

AUTEUR : Joe Ollmann (D & S)

EDITEUR : Presque Lune

 

Cotation Mon Petit Neuvième : 4/5

 

Denis MARC