Les amants d'Hérouville : Les années folles de Michel Magne, des B.O en B.D

Rééditions musicales et BD mettent en lumière Michel Magne, figure de la pop-culture à la vie romanesque et tragique, entre B.O. de "Fantômas" ou des "Tontons flingueurs" et ses studios mythiques du château d'Hérouville, fréquentés par David Bowie ou Iggy Pop.

"C'est l'homme capable de créer une situation avec des mégastars du rock-psychédélique, les Grateful Dead, des paysans du Val-d'Oise et des pompiers qui finissent nus, sous l'influence de substances, dans la piscine", dépeint à l'AFP Yann Le Quellec, scénariste du roman graphique "Les amants d'Hérouville" (éditions Delcourt).

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L'incroyable bacchanale, dans le château de la petite commune d'Hérouville (à 50 km de Paris), est dans l'ouvrage sorti récemment et devenu très vite une référence sur ce musicien suicidé méconnu du grand public.

Le destin de ce "Don Quichotte" de la musique, "conte de fées qui vire au tragique", comme le dit Le Quellec, y est narré via le dessin de Romain Ronzeau, mêlé aux archives personnelles de Marie-Claude Magne, veuve du compositeur.

C'est le coup de génie du livre: raconter ce personnage hors du commun "par le biais de Marie-Claude, côtoyer le rêve quand il vire à la folie", poursuit Le Quellec. "Les amants d'Hérouville" évite le piège de l'hagiographie et n'élude pas la part sombre de Magne, aux accès de violence dans ses dernières années.

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Vie en accéléré

L'autre grand témoin, et contributeur du roman-graphique, est Serge Moreau, cuisinier (et poète) du château d'Hérouville, qui "a connu Magne avant qu'il ne devienne Magne, a vu les parasites arriver, Magne prendre le melon, ou tomber en dépression, un vieux copain pas dupe qui sent la tragédie venir", comme le souligne Le Quellec.

Mais avant le point final de la partition, Magne, c'est une "vie en accéléré, façon montagnes russes", comme le résume pour l'AFP Stéphane Lerouge, concepteur de la collection discographique "Ecoutez le cinéma !" (chez Universal, dont le label Panthéon diffuse des albums digitaux thématiques de Magne, "polars" et "drames", et le diptyque électro-fusion "Eléments, La terre et L'eau").

Musicien avant-gardiste, Magne connaîtra la reconnaissance avec des musiques de films grand public et aménagera le château d'Hérouville, pionnier des studios d'enregistrements résidentiels. Une création qui lui échappera, précipitant sa chute.

Flashback. Magne est un électron libre de la jet-set des années 1950, intime de Françoise Sagan ou Eddie Barclay. "Saint-Tropez l'été, Courchevel l'hiver", synthétise Lerouge.

"Honky Château" d'Elton John

Le succès de la B.O. du "Repos du guerrier" de Roger Vadim en 1962 ouvre une folle décennie, avec près de "dix musiques de films par an, quasiment un par mois, c'est stratosphérique", expose Lerouge. Parmi ces "scores", outre la série des "Fantômas", "Les tontons...", on trouve encore "Un singe en hiver", "Compartiment tueurs" ou encore ceux de la franchise "Angélique".

"Un jour, souligne Lerouge, Costa-Gavras m'a confié: "Le drame de Magne, c'est d'avoir été trop à la mode. Une fois celle-ci passée, on ne voit plus vos qualités réelles".

"Quand il cède la gérance d'Hérouville, pour se recentrer sur son métier, l'écriture musicale, c'est trop tard, une nouvelle génération, celle des Cosma et Sarde, a surgi dans l'intervalle. Injustement, Magne semble appartenir à l'ancien monde".

Avec les studios du château d'Hérouville, Magne connaîtra aussi des sommets (la venue d'Elton John, par exemple, dont l'album à succès "Honky Château" est baptisé en hommage à Hérouville, qu'on dit hanté) et des gouffres, quand il voit les dettes s'accumuler.

Lorsque David Bowie revient à Hérouville, au milieu des années 1970, avec Iggy Pop, Magne a fui les problèmes dans le sud de la France. Dépossédé du château et perdu dans sa recherche musicale, il mettra fin à ses jours en 1984, à 54 ans, dans un hôtel de la région parisienne.

Pour Lerouge, ce destin romanesque rejoint celui d'autres de ses pairs, "Michel Legrand à la vie pleine de rebondissements, François de Roubaix, disparu à 36 ans dans un accident de plongée, où Georges Delerue, tel Molière mourant sur scène, foudroyé en plein enregistrement du film hollywoodien de trop".