Léonid : les aventures d'un chat

Léonid
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Léonid - © Soleil

En deux volumes, une histoire de chats qui n’imitent pas les humains mais qui vivent, cependant,  les mêmes effrois, les mêmes sensations, les mêmes émotions : une véritable réussite tant au niveau du dessin que du scénario !

Les Deux Albinos

Dans une maison campagnarde vivent, en une sereine harmonie, quelques animaux domestiques. Parmi eux, Léonid, un jeune chat turbulent, un vieux chat roux, un chien, un siamois.

Dehors, c’est presque la campagne, et les chats sauvages côtoient les chats domestiqués sans vrais problèmes.

Parmi ces chats du dehors, il y a la belle Ba’On, dont Léonid, évidemment, est amoureux.

Mais il y a aussi deux nouveaux venus, deux chats albinos au regard cruel, et qui égorgent les agneaux à peine nés. Ces tueries obligent le paysan à lâcher ses deux chiens, des bergers allemands sans pitié, pour qu’ils dénichent et éliminent ce fléau.

Tout est en place pour que Léonid oublie ses habitudes douillettes, ses combats "pour rire" avec les chats du quartier, son lait et son coussin. Il se doit de prouver qu’il est devenu grand, il se doit de SE le prouver aussi! Et pour ce faire, il n’y a qu’un secret : le partage, la complicité, l’amitié.

Une souris allergique aux poils de chat va ainsi devenir sa meilleure alliée, dans un combat pour préserver dans ce gros bourg provincial une existence souriante.

Ce scénario n’a sans doute rien de très original, c’est vrai. Mais son traitement, lui, n’a rien de routinier, loin s’en faut ! Les personnages créés par Brrémaud, le scénariste, sont essentiellement animaux. On n’est pas dans du Macherot, ou du Black Sad. Ils ont tous aussi une vraie personnalité qui, pour humaine qu’elle puisse sembler être, n’en demeure pas moins, dans la gestuelle et la " pensée ", formidablement animale. Et l’humour qui sous-tend toute l’histoire, toutes les péripéties,  n’est pas toujours un humour bon enfant…

Le dessin, en outre, de Stefano Turconi, réussit la prouesse d’être à la fois accessible immédiatement. et rempli de références qui peuvent se lire à différents niveaux.  Il y a un côté Disney, c’est évident, mais sans mièvrerie. Il y a aussi, d’une certaine manière, un peu du Calvo de la Bête… Avec une observation méticuleuse et réussie du comportement animal...

Et ce premier volume, en outre, ne se contente pas de mettre en place des personnages : il construit une vraie histoire, sans temps morts, dans une espèce de jubilation qui fera sourire à la fois les enfants et leurs parents.

2. La Horde

Dans le premier volume, les deux chats tueurs albinos n’étaient que l’avant-garde d’un péril bien plus dangereux : l’arrivée, dans ce bourg, de la Horde, dirigée par un vieux chat blanc maître de ses troupes, dictateur à l’incontestable violence.

Les combats qui, dans le premier volume, ont opposé Léonid aux deux albinos vont, ici, devenir infiniment plus terribles. C’est de survie qu’il va s’agir, ni plus ni moins. La survie de Léonid et de ses proches, celle aussi de chats fuyant devant cette horde qui ne cherche qu’à cultiver la peur et la mort sur son passage.

Et dans ce second opus, les sentiments mis en scène sont plus exacerbés que dans le premier. On parle de peur, oui, mais de fuite, aussi, de résistance, d’amitié, de trahison.

Sans vouloir chercher un " message " dans cette mini-série, force est de reconnaître son efficacité. Dans un langage simple, langage littéraire et graphique, les auteurs réussissent à aborder des thèmes universels sans ostentation, au travers d’un récit d’aventure presque basique. Et ce n’est pas là la moindre des réussite de ces deux albums destinés à tous les publics et auxquels, je l’avoue, je n’ai pas trouvé de faiblesse évidente !

Je suis tombé sous le charme, vous l’aurez compris, de ces deux albums. L’histoire qu’ils nous racontent est intelligente, intelligemment construite. Le dessin parvient à reproduire avec un talent époustouflant les attitudes des animaux mis en scène: les coups de griffe, les combats des chats entre eux, les coups de langue, les ronronnements lascifs… Rien ne sonne faux, en fait, dans ces deux livres, que je ne peux que conseiller à tout un chacun ! Une excellente découverte à faire, croyez-moi !

 

 

Jacques Schraûwen

Léonid : les aventures d’un chat (dessin : Stefano Turconi – scénario : Brrémaud – éditeur : Soleil)